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Affichage des articles associés au libellé Humour

Une Vraie Purée de Pois

Dans un ahanement d’effort, il dépose une énorme meule de fromage sur le plan de travail de la cuisine. Sa compagne écarquille les yeux. Son regard effaré fait quelques allers-retours entre son époux et l’épais disque jaune avant qu’elle ne trouve quelque chose à dire : — Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? — Eh bien, un fromage, voyons ! il répond fièrement. — Je vois. Pourtant, c’est un poulet, que je t’ai envoyé chercher, Madame proteste à cette évidence. Elle n’est pas vraiment fâchée. Même si elle ne le lui avouera jamais, elle attend en général avec impatience le récit de ses péripéties lorsqu’elle l’envoie faire les courses. C’est souvent fabuleux. — Ce fromage était en promo, alors je me suis dit que ça changerait un peu, comme ingrédient. — Sois honnête : tu t’es encore fâché avec le fermier ? En guise de réponse, il grogne et tourne les talons. Rien n’est jamais assez bien pour sa belle ! Il faut toujours qu’elle remette de vieilles hist...

Déchaîné

Il avait bien dit à sa femme de se dépêcher. Mais non, il a fallu qu’elle ajuste sa longue robe déchirée, ses cheveux emmêlés, fasse encore un peu plus dégouliner son maquillage… Et tout ça à la dernière minute. Certes, elle fait peur à voir, mais à quel prix ? Est-ce qu’il a perdu du temps pour raviver le saignement de sa gorge tranchée avant de partir, lui ? Non. Parce qu’il est responsable, voilà. Et maintenant, ils vont arriver trop tard pour trouver une bonne place pour garer leurs boulets ! Les meilleures seront forcément déjà prises. Avec l’affluence de fantômes du monde entier pour la convention, c’est à prévoir. Et quelle galère, le chemin depuis la rue jusqu’à l’intérieur, une fois leur entrave déposée ! S’ils ne se perdent pas de vue ce sera déjà un miracle, et surtout ça va probablement leur prendre aussi longtemps que de faire le trajet de chez eux jusqu’au palais des congrès. Tout le monde pense que les fantômes s’en tiennent souvent à une maison pour d...

Poilant

Nous, les chiroptères, formons l’une des branches du règne animal les plus spécifiques qui soient. Un truc quasi-mythique : les mammifères volants. Et attention, ailés, et non pas planeurs comme certains écureuils. Nous sommes l’une des plus marquantes illustrations du phénomène de convergence de l’évolution, qui désigne l’apparition d’une caractéristique similaire chez deux espèces différentes – en l’occurrence, les oiseaux et nous – et ce de manière totalement indépendante. Ça vous épate, huh ? Parmi les seigneurs de la nuit, nous avons aussi un sonar, ce système d’écholocation que quiconque dit ne pas nous envier ment très probablement. Les requins et leur électrolocation peuvent se brosser. Pour vous voir, on n’a même pas besoin d’ouvrir les yeux. On peut juste vous crier dessus, et hop, vous êtes repéré. Si ça, c’est pas fabuleux ! Mais malgré tous nos talents, il va quand même falloir qu’on m’explique un truc. Le panda roux n’est pas un panda. Le loup à crinière ...

Mauvaise cuvée

Efflanqué de hautes étagères remplies de bouteilles millésimées d’un côté, et d’immenses tonneaux de chêne de l’autre, Valentin n’a jamais aimé se balader dans la crypte de son grand-père. Depuis petit, il y trouve quelque chose de glauque. Il faut dire aussi que la pénombre ambiante ne l’aide pas à se sentir à l’aise. Il n’aime pas non plus l’odeur, à la fois de fermentation des vins, qui lui donne le tournis, mais sans doute aussi un peu des fines nappes de champignons qui s’épanouissent dans les recoins les plus sombres. Quant à l’humidité, elle le fait toujours frissonner. Et pour couronner le tout, la voûte du plafond le rendrait presque spélaionophobe. À vrai dire, il a appris ce mot spécifiquement pour s’esquiver dès qu’il est question de passer par ici. Claustrophobe, c’est trop commun, pas pris au sérieux. Aujourd’hui, pourtant, son cousin Raphaël a réussi à l’y entraîner. Il a toujours bien aimé cet endroit souterrain, lui. Il s’y sent au contraire protégé, à l’abri. Plus âg...

Chacun son cake

Un quoi ? Un carrot cake ? Allons bon. Qu’on soit clairs, j’aime beaucoup les carottes, et j’aime beaucoup les gâteaux. Séparément. Ensemble, très peu pour moi. J’ai déjà envie de dire aux têtes d’œufs qui ont mis des fruits charnus dans les desserts d’aller voir plus loin si j’y suis, alors si maintenant ils veulent aussi y mettre des légumes, je ne m’en sors plus ! Bah voyons ! C’est quoi, tout ça, une conspiration des hommes-lapins ? Un coup du lobby des maraîchers ? Une racine, dans un gâteau. Non mais vraiment. Ou alors, c’est peut-être une armée secrète d’ophtalmos à tendances ésotériques, qui ont pensé à un truc pareil. Ils se sont dit que le seul moyen d’aider les gens à entretenir leur vue, c’était de leur faire manger des carottes. Sauf que leurs potes nutritionnistes ou sociologues ont dû leur dire qu’il n’y avait pas moyen d’y arriver en masse sans les emballer dans un truc sucré. Et ainsi serait née cette étrange recette. Sinon, une horde de go...

Corrida

Lorsqu’elle ouvre la porte, son mari surgit juste derrière, lui barrant la route. — Hey ! Bon retour à la maison, chérie ! Tu veux entendre une histoire drôle ? — Er… Si tu veux. Il se tient ostensiblement devant elle, comme pour conserver son attention. — Tu connais ce tour avec une nappe ? — Quel tour ? — Celui avec une table, toute décorée, avec de la vaisselle et tout, et un type se la joue toréador et tire un grand coup dessus pour s’en servir comme du genre de grand drapeau qu’ils ont pour attirer le taureau ? — Tu sais que je ne cautionne pas la tauromachie. — Moi non plus, évidemment, mais là c’est pour l’image ; aucun animal n’est mis en danger. Pense plutôt à un numéro de tango effréné dans un grand restaurant, si tu préfères. — D’accord. En admettant que je voies de quoi tu parles, pourquoi est-ce que tu m’en parles, justement ? Elle le toise avec un sourcil haussé, tandis qu’il semble toujours chercher à lui faire o...

Les feuilles mortes, c’est la vie

Mon truc préféré au monde, ce sont les tas de feuilles mortes. J’aime tellement ça que j’en deviens fou. À peine la première rougeur apparaît-elle sur les branches des arbres, je commence déjà à trépigner d’impatience. Lorsque Jacquelin sort le râteau, il faut que Micheline me tienne éloigné des fenêtres, sinon je peux me mettre à tourner sur moi-même pendant dans heures, m’épuisant tout seul, et surtout les autres autour de moi. Je saute dans tous les sens, fais des traces sur les vitres, et j’ai beau savoir que c’est répréhensible, je ne peux pas m’en empêcher. Jacquelin est un peu moins agacé que Micheline par mes élans d’enthousiasme à l’intérieur, mais c’est sans doute parce que ce n’est pas lui qui fait les carreaux. Lui, il ratisse. À l’extérieur, donc. Il tond aussi, en Été, mais ça m’intéresse moins. Moi, j’attends le monticule végétal qu’il s’attelle à former en Automne. Et je ne l’attends pas sagement. Je gratte pratiquement le paillasson pour qu’on m’ouvre la porte et que j...

Frog Burglar

— Mais c’est pas possible, elles tombent comme des mouches ! s’exclame le commissaire, furieux. De la boutique devant laquelle il se tient, les pompiers sont en train d’évacuer un vigile. Le regard vitreux, la langue tirée et les yeux exorbités, le pauvre homme a été paralysé. — Chef, j’ai l’inventaire ! s’écrie ensuite un jeune officier. La feuille qu’il brandit serait trempée par la pluie s’il ne l’avait pas glissée dans une pochette imperméable. — C’est quoi, cette fois ? Des rivières de diamants ? Des sautoirs de perles ? — Une collection de joncs d’or, Monsieur. Le commissaire soupire. C’est la quatrième bijouterie à se faire cambrioler ce moi-ci. Et à part les caméras et autres détecteurs englués, et la ventouse sur les parois des vitrines, ils n’ont pas beaucoup d’éléments. Ils pataugent en eaux troubles, c’est terrible. Mais pas question de se laisser submerger ! Il a bien cet étrange poison. Une goutte sur la peau, et hop, le tour est joué...

Un Ninja sur le Toit

Du ciel, de l’eau tombe, en trombes. Elle serpente sur les charpentes, puis s’évacue jusqu’à la rue, par l’intermédiaire de longues gouttières. Sous cette pluie battante, et malgré la nuit tombante, une silhouette se profile tout de même au-dessus de la ville. Le pied adroit, un jeune homme file, de toit en toit, de tuile en tuile. Ici un bon agile, là une pirouette subtile, il fait fi des intempéries et se faufile, sans bruit, sur les sommets des maisons aux habitants les moins vigiles. Juste avant que ne sonne l’heure pile, il atteint un jardin entouré d’un péristyle. — Mais qu’est-ce que vous faites, là, sur le faîte de ce toit ? l’interpelle soudain une voix venue d’en bas. À l’abri d’une ombrelle en papier, celle qu’il espérait l’a repéré. — Comme chaque fois, j’attends que tu arrives, toi, en contrebas, il réplique avec joie. Tout en souplesse, il rejoint sa princesse. Bien qu’il soit aussi trempé que les pavés, elle le laisse l’enlacer. — Tu devrais faire plus attentio...