3x03 - À vif (9/18) - Battue
Fred, à l'instar de tous ses collègues de la ville quel que soit leur grade, s'est vue attribuer une zone à surveiller pour la présence du trappeur fou évadé. Bien qu'être sur le terrain de cette manière la change beaucoup, la jeune femme ne peut néanmoins pas s'empêcher d'incroyablement s'ennuyer. D'ici à ce que le fugitif atteigne une longitude aussi basse, il a le temps d'être intercepté mille fois. Toute l'action va très probablement se dérouler bien en amont d'elle. C'est pour ça qu'elle a été placée si au Sud, d'ailleurs ; parce qu'elle est parmi les moins expérimentés, et on préférerait si possible éviter de l'impliquer dans une altercation physique. Même certains uniformes sont plus au Nord qu'elle, au-devant du danger. Et certains sont même plus jeunes qu'elle. Sans être exactement humiliante, la situation n'est donc pas plaisante pour autant.
Afin de ne pas complètement éclater les duos, les équipiers ont été affectés à des parcelles voisines, et Randers patrouille donc sur celle juste adjacente à celle d'Insley, vers l'Est. Bizarrement, il n'a pas vu d'objection à être ainsi relégué à l'arrière-garde par association, alors qu'il est pourtant en ce qui le concerne plutôt aguerri au corps-à-corps. Fred soupçonne qu'il ne dise pas non à une remise dans le bain en douceur suite à sa dernière expérience de terrain similaire. Il a l'air bien, mais ça l'a forcément marqué au-delà de cette cicatrice qu'il lui a si fièrement montrée l'autre fois. Et avoir coincé le type, puis avoir appris pour sa mort, aussi apaisant ça ait pu être, ne répare rien. Malgré tout ça, elle ne sait pas si elle serait aussi stoïque à sa place. Mince, il ne lui est jamais rien arrivé en service, et elle est déjà vexée de ne pas être au premier rang !
— Est-ce qu'on a des nouvelles ? elle demande dans son badge à son cou, comme une enfant impatiente d'arriver à destination.
— RÀS de mon côté, lui répond son coéquipier.
— Je crois que personne ne l'a ne serait-ce qu'aperçu, jusqu'ici, ajoute Sam, sur la placette à l'opposé de celle de Randers par rapport à celle d'Insley, à l'Ouest donc, et surtout dans le champ pour avoir reçu son message à courte distance.
Elle a l'impression d'être efflanquée de ses deux chaperons, comme si elle avait besoin de supervision, mais elle sait très bien que c'est égocentrique de penser ça ; le Capitaine a simplement souhaité laisser Randers et Quanto à proximité l'un de l'autre, puisqu'ils ont été partenaires pendant si longtemps, et en effet, comme elle est la plus novice des trois, la mettre au milieu d'eux n'est pas stratégiquement absurde.
— On est sûrs qu'il est seulement en ville ? elle demande, même si la réponse est garantie de la décevoir.
S'ils sont sûrs, alors elle doit continuer à attendre. S'ils ne sont pas sûrs, elle attend peut-être pour rien. Exaspérant.
— Confirmé par satellite. Il était au Nord, et il n'est ni à l'Est, ni à l'Ouest, répond Sam.
— Enfin, il est peut-être un peu à l'Ouest quand même, raille Randers à demi-voix, mais quand même assez fort pour que ses collègues l'entendent.
— T'es con, ricane Sam à cette blague vaseuse.
— Pfff. J'ai faim, tranche Fred par lassitude.
— Moi aussi.
Fred fronce les sourcils. Cette voix n'est pas venue de son badge. Elle est venue de derrière son épaule. Et elle ne lui est pas connue. Elle était seule il y a une seconde, et il semblerait qu'elle ne le soit plus maintenant.
La jeune inspectrice fait volte-face vers ce qu'elle pense d'abord être un rocher. Peut-être un buisson, maintenant qu'il s'est approché. En un éclair. Elle a à peine le temps d'accentuer le froncement de ses sourcils. Le hoquet de surprise qui lui vient ensuite ne quitte pas ses lèvres. Elle ne porte même pas tout de suite sa main à son abdomen, là où un contact brusque et étranger lui laisse une drôle de sensation inconnue, chaude et froide à la fois. Elle n'a même pas encore réussi à repérer le visage de son agresseur qu'elle baisse plutôt les yeux vers l'origine de la douleur qu'il vient de lui causer sans qu'elle ne s'en rende tout de suite compte.
— Fred ? Qui c'était ? demande Patrick dans l'interphone.
Par chance, elle avait gardé ses doigts sur son encombrant pendentif après sa prise de parole, ce qui a permis que la voix de l'intrus soit transmise juste après la sienne. Randers, Sam, et Sing Sing n'attendent pas sa réponse ; ils sont déjà en train de courir. Leur collègue n'est pas suffisamment éloignée pour que le molosse n'ait pas déjà sa piste. Il guide son maître. Depuis la direction opposée, son partenaire veut juste atteindre les limites de son périmètre, la jointure avec le sien. À partir de là, il avisera. Mais il ne peut pas rester là où il est. Ce n'était pas la voix d'un passant qu'ils ont entendue. Et Fred ne répond plus…
L'ex cyber-enquêteuse n'entend pas ce que marmonne le trappeur, penché au-dessus d'elle, qu'elle comprend enfin tout emmitouflé de camouflage artisanal, mélange de boue et de branchages. Elle est étendue sur le bitume, sa vision trouble, sans savoir comment elle s'y est retrouvée, pas plus qu'elle ne sait comment elle a été poignardée exactement. D'où est-il sorti ? Elle est déjà en train de sombrer dans l'inconscience lorsqu'elle le distingue la rejoindre par terre, pris en placage par une masse grondante de fourrure et de crocs projetée à haute vélocité à presque 1 mètre du sol, à l'horizontale. Des coups de feux retentissent dans l'allée, mais elle les entend à peine, son état de conscience continuant à diminuer. Elle est juste sur le point de perdre tout à fait connaissance au moment exact où Sam dérape pour s'agenouiller à ses côtés. Plus tard, il sera furieux d'avoir à nouveau eu le sang d'un officier sur lui. Pour le moment, il se contente de la secouer et de lui parler afin qu'elle garde les yeux ouverts au moins jusqu'à l'arrivée des secours.
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