3x04 - Double négation (16/18) - Maîtrise de soi

Comme à peu près tous les soirs depuis quelques semaines, Mae se faufile discrètement à travers la maison. Elle pointe le nez hors de sa chambre, pour vérifier qu’il n’y a personne dans le couloir, ni même seulement une porte ouverte sur une pièce occupée, avant de s’élancer dans les escaliers. Une chance qu’elle les connaisse suffisamment bien pour ne pas les faire grincer sur son passage. Nouveau coup d’œil dans le couloir du rez-de-chaussée, avant de s’avancer, toujours sur la pointe des pieds, jusqu’à la porte du débarras. Là, elle se glisse à l’intérieur en presque moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, entrant dans le même mouvement par lequel elle ouvre puis referme la porte.

— C’est que tu deviendrais presque douée à ça, commente Kayle à son arrivée.

— À quoi ? elle relève en fronçant les sourcils.

S’il fait référence à quoi que ce soit qu’il pense lui avoir appris, ils ne vont pas être d’accord. Elle ne désespère pas, et elle se convainc qu’elle fait des progrès, sous un certain angle, mais de là à dire qu’elle est compétente…

— Retrouver tes copains extraterrestres en douce, au nez et à la barbe de toute ta famille, l’alien explicite son allusion, son sourire amusé théâtralement éclairé par l’unique faisceau de lumière de la pièce.

Pour leur premier rendez-vous semi-clandestin, elle avait attendu que tout le monde dorme. La fois suivante, elle n’avait pas osé venir avant que ceux qui étaient présents se trouvent dans des pièces suffisamment éloignées de celle-ci. Ce soir, son père est dans son laboratoire, de l’autre côté du couloir. Ils ont même un visiteur dans la pièce adjacente, Rob, aussi peu présent puisse-t-il être considéré. Il est clair pour son tuteur du moment qu’elle gagne petit à petit en témérité, et ce n’est pas pour lui déplaire.

— Je n’ai pas attendu que vous entriez dans ma maison pour le faire, aussi, l’adolescente répond par une bravade, un sourcil haussé.

Tout le monde semble oublier que, pour elle, sa vie était déjà digne d’un roman d’espionnage avant même qu’elle sache à quel point. Elle a découvert la présence d’extraterrestres en ville avant tout le monde. Non pas qu’elle la cherchait, mais quand même. C’est elle qui garde ce secret depuis le plus longtemps. Elle retrouvait déjà Strauss pour des séances de questions-réponses avant même que son père ne sache ce qui se tramait précisément du côté de DeinoGene, ce qui était arrivé à Caroline. Tout le monde a été si choqué par ce qu’elle a manigancé avec Ben, pour arranger sa situation, et une chose qu’elle en a retiré, c’est à quel point tout le monde la sous-estime.

— D’humeur battante, ce soir ? analyse Kayle, joueur.

— On ne va pas faire une redite de l’autre fois, elle le met en garde, plissant les yeux à présent.

— Laquelle ? il demande, feignant évidemment l’innocence.

— Tu sais laquelle.

Elle laisse la dureté de son regard transmettre son message. Il le soutient un moment, avant de lui faire grâce de sa victoire, et se détourner vers la lucarne.

— Je rappelle que je fais ça de manière bénévole. Mais ce serait quand même sympa d’y trouver mon compte, il se permet de lui faire remarquer, avec un coup d’œil en biais, sans ramener son visage vers elle encore.

— Tu ne peux vraiment pas y trouver ton compte autrement qu’en matérialisant mes pires cauchemars ? elle tente de négocier sa demande.

Elle sera à jamais reconnaissante de tous les Homiens. Même Andy. Ils l’ont tous sauvée d’une façon ou d’une autre. Et sans obligation de le faire, en y regardant bien. Elle n’est donc évidemment pas opposée à ce qu’ils ressentent cette gratitude sous une forme ou une autre, bien au contraire. Mais comment contenter un ancien tueur en série, mentalement amputé d’une partie de son esprit, aujourd’hui contraint à l’obscurité de ce qui n’est ni plus ni moins qu’une mauvaise revisite moderne d’un cachot ?

— Ce n’est pas ta peur, qui m’intéresse, mais ta réaction, il se défend, levant les yeux au ciel, comme s’il s’agissait d’un détail.

— Je ne suis pas une arme, elle proteste de plus belle.

Elle n’est pas plus à l’aise avec les méthodes que les résultats, mais ce serait rêver que de penser qu’il puisse le comprendre de lui-même. Dans l’ensemble, elle apprécie ses sessions avec lui. Elle sait qu’elle en a besoin, et qu’elle ne trouvera pas de professeur plus efficace que lui, pour cette discipline qu’elle est la seule à seulement pouvoir pratiquer. Mais ça ne l’empêche pas d’en être souvent frustrée. Aussi bien par sa propre inaptitude que par les facéties de son sensei.

— Tout et tout le monde peut être une arme, jeune fille, il déclame pour toute réponse.

— Est-ce que c’est ta façon d’admettre que tu ne peux plus rien m’apprendre ? elle le met alors au défi.

Il soupire lourdement, ce qu’elle ne manque pas de se souvenir être un acte volontaire de sa part, contrairement au réflexe qu’il peut être pour un terrien. Il dit vouloir tirer son compte de leurs sessions, mais il oublie qu’elle est sa seule visiteuse. Elle le trouve donc un peu dur de sembler se lasser d’elle.

— On a couvert toutes les émotions positives. Celles-là ne te posent pas de problème, parce que tu les apprécies, tu les laisse venir. Et de toute manière, à part te faire remarquer, elles ne représentent pas un très grand risque… Les émotions négatives, en revanche, tu cherches à les bloquer, tu ne veux pas qu’elles viennent. C’est pour ça qu’il t’est si difficile de contrôler ce qui en découle désormais, il établit un bilan rapide de leurs avancées, avec une détachement qui agace un peu l’adolescente.

— Et pourtant, je les ressens quand même, elle proteste à ses conclusions.

— C’est là que tu te trompes. Lors de nos entrevues, tu n’en ressens que l’approche. Mais pour ta défense, la plupart des gens de cette planète peuvent passer une vie entière sans jamais aller plus loin que ça, il la corrige aussi gentiment qu’il en est encore capable.

Puisqu’elle n’est plus tout à fait humaine au sens strict, elle tombe un peu dans une zone grise de sa compassion. C’est l’une des raisons pour lesquelles il n’a pas rechigné à tenter de l’aider, en plus du fait qu’il n’avait rien de mieux à faire, confiné ici.

— Si ce que tu m’as fait subir l’autre fois n’était que l’approche de la peur, je ne veux pas avoir vraiment peur ! elle déclare avec ferveur.

Cette émotion n’est pas la seule qu’ils ont explorée. Elle a déjà constaté à quel point il était facilement capable de provoquer n’importe quel ressenti chez elle. Ils ont parcouru l’éventail de ses capacités émotionnelles, jusqu’à y découvrir des subtilités qu’elle ignorait. Elle pensait vraiment être allée au fond des choses, et maintenant il lui dit qu’ils n’ont fait qu’effleurer la surface ?

— J’ai été témoin de ta réelle peur. Et je sais de source sûre que tu as déjà ressenti la réelle douleur. Quant à la haine, tu as bien dû réellement la ressentir, pour empoisonner une certaine rouquine, il lui fait remarquer.

Évidemment qu’elle ne veut pas se plonger dans ses émotions négatives. C’est ce qu’il vient juste de dire. Il ne le blâme pas ; c’est une réaction tout à fait normale. Et pourtant, il l’en sait capable. Pour qu’elle recule à l’approche de Strauss, au moment de son sauvetage, quand il connaît leur étrange connexion en temps normal, la terreur qu’il lisait en elle depuis quelques mètres ne devait même être que la moitié de ce qui la traversait réellement à ce moment-là. Et en ce qui concerne la douleur, il n’a aucun doute sur les impacts de la mise en œuvre de son idée pour lui rendre ses sens supportables, quelques variations Ben lui ait apportées au moment d’agir. Elle aurait hurlé à plein poumon durant toute la procédure, de ce qu’il a cru entendre.

— C’était un accident, se défend l’adolescente par rapport à la dernière référence de sa liste, honteuse, en détournant le regard.

— Tu as généré un agent biologique qui la ciblait génétiquement. Tu m’expliques comment ça arrive pas accident ? la taquine Kayle, ricanant dans son coin d’ombre.

— Je ne me suis pas rendue compte que c’était en train de se produire. Et ce n’est pas ce que je voulais ! Je ne voulais pas lui faire de mal ! la blondinette poursuit dans ses protestations, avec une véhémence grandissante.

Même lorsqu’elle s’était physiquement saisie de Sarah Degriff, une fois, elle ne voulait pas la blesser, uniquement la faire taire. Elle ne croit pas à l’initiation de la violence. Elle aime même à croire qu’il y a parfois d’autres options que d’y répondre, lorsqu’elle est reçue en premier lieu.

— Descends de ton grand cheval, Maena. Je ne sais pas pourquoi vous en faites toujours toute une histoire, car détester quelqu’un est d’une banalité crasse. Et dans ton cas, si tu te refuses à admettre quand ça arrive, contrairement au reste de ton espèce, ça peut avoir de grave conséquences, il lui expose alors la contradiction entre ses objections et ses objectifs.

Elle ne pourra jamais rien contrôler si elle n’arrive même pas à admettre que ça se produit.

— Alors quoi ? Je dois assumer mes plus bas instincts ? elle pousse son raisonnement à l’extrême, de plus en plus énervée.

— Eh bien… oui ! il répond, comme s’il ne comprenait pas que ce ne soit pas la conclusion qui se soit imposée depuis plusieurs répliques déjà.

— Je suis pas le Dalaï-lama ! Personne n’a autant de recul sur ses émotions ! elle décrit l’inaccessibilité de ce qu’il lui demande par l’hyperbole.

— Pourquoi tu crois que je te provoque depuis tout ce temps ?! il lui demande alors, écartant les bras, dans ce cliquetis désormais familier de la fine chaîne qui lie ses poignets au sol, aussi symbolique soit-elle.

— Pour explorer les possibilités de ce qui peut m’arriver ! elle lâche naïvement, sans baisser de ton.

Elle s’oublie, mais heureusement, l’isolation sonore fait partie des nombreux talents de l’ancien assassin. Il le lui en a fait part assez tôt, afin de lui ôter une préoccupation potentiellement bloquante dans leur entreprise.

— Et ensuite quoi ? À quoi bon savoir ce qui provoque quoi, si tu ne sais pas reconnaître quand ça se produit ? La moitié de ce que tu me sors est inodore, incolore, et silencieux. Et indolore, aussi, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Comme maintenant, pour info, il met en exergue les limites de son raisonnement, avant de lâcher une sorte de bombe.

— Quoi ?

La lycéenne tombe évidemment des nues sur le dernier point. Elle vacille, et fait même un pas en arrière, en dépit d’avoir assez peu avancé dans la pièce depuis son arrivée.

— Humain, je serais inconscient depuis plusieurs minutes, et en bonne voie pour ne pas me réveiller. Tu as de la chance que j’isole la pièce sous plus d’un aspect. Pas besoin de te mettre dans des états pareils, il explique, factuel.

— Alors ne me crie pas dessus ! elle grogne, croisant les bras.

La petite blonde bascule légèrement en arrière, jusqu’à être adossée au mur derrière elle, puis s’y laisser glisser jusqu’à être assise par terre. Elle prend une position en miroir de son professeur, le temps de se calmer. Elle n’avait effectivement – une fois de plus – pas remarqué que quoi que ce soit de particulier était en train de se produire. Du tout. Presque pire que de le faire effectivement, c’est vraiment le fait de n’avoir aucun contrôle ou seulement aucune conscience de le faire, qui lui pèse. Il a raison : si elle sait ce que sa colère peut provoquer, mais est incapable de reconnaître sa colère, elle ne va jamais s’en sortir.

— Qu’est-ce que j’ai fait ? elle interroge au bout d’un moment de silence, .

— Asphyxie. Tu m’as littéralement pompé l’air. Enfin, l’oxygène, donc techniquement il s’agit d’hypoxie. L’un dans l’autre, discret mais mortel, pour la plupart des formes de vie terriennes, il explique, avec un petit hochement de tête, comme appréciatif de ses méthodes.

Il avait de l’air pour parler, mais pas un air suffisamment riche en oxygène pour maintenir une respiration cellulaire normale. Pas celle sur laquelle repose la vie humaine, en tous cas. C’est une attaque très pernicieuse car, pour atteindre ce résultat, la jeune fille doit avoir significativement augmenté sa propre consommation, au point de pouvoir appauvrir son environnement. Qu’elle ne s’en soit pas rendu compte est vraiment un crédit du nouveau fonctionnement de son organisme. Remarquable. Il doit néanmoins admettre que, dans un milieu ouvert, ce symptôme aurait eu besoin d’être dirigé pour avoir un quelconque impact, ce dont il n’est pas certain qu’elle serait capable, avec ou sans conscience de ce qu’elle fait.

— Désolée, elle s’excuse.

— Je peux le supporter. D’autres le pourront beaucoup moins, il lui rappelle.

De son point de vue, ce ne sont pas les victimes le problème, mais l’attention qu’elles peuvent attirer. Il sait cependant que les deux conséquences sont à éviter pour la jeune fille. Alors, si ça peut la motiver à exploiter tout son potentiel, il y fait référence.

— Il faut reconnaître ton sens instinctif de la poésie : tu n’aimais pas ce que je disais, alors tu as voulu me couper le sifflet. Presque littéralement, il ajoute en voyant qu’elle ne semble pas encline à répondre.

— Je suis une ado de 17 ans. Comment je peux avoir une telle conscience de mes émotions ? elle se désole, triste à présent.

— Il y a bien la drogue, mais je ne pense pas qu’on en soit là. Donne-toi plus de crédit. Être une adolescente est une partie de ce qui t’a rendue si réceptive au traitement que tu as reçu. Et tes émotions devraient être plus exacerbées qu’elles ne l’ont jamais été et ne le seront jamais. Fais-toi confiance, il lui propose comme marche à suivre, tout à coup très zen.

C’est particulièrement horripilant pour elle, lorsqu’il passe d’une attitude à l’autre avec autant de facilité. D’autant qu’elle se doute que ça n’est pas entièrement dû à ce qu’a subi son esprit. Mais c’est probablement aussi cette versatilité qui l’a désigné comme le professeur tout indiqué à Ben et Strauss, dès qu’il a été question de lui apprendre à se maîtriser.

— Si je me laisse aller, je pourrais faire ça dans une pièce remplie de gens, elle refuse son conseil, défaitiste.

— Je n’ai pas dit de te laisser aller, mais de te faire confiance. Un problème majeur de l’humanité est que vous cherchez très souvent à expliquer vos émotions avant de les ressentir. Quelque chose existe en dehors de ton contrôle : gère-le. Reconnais-le, et gère-le. Vous devez le faire pour tout le reste, pourquoi est-ce que c’est si difficile pour ça ? Ton frère a combattu ses intuitions, et regarde où ça l’a mené. La seule façon de s’en sortir pour lui, c’était d’accepter d’abord, et essayer de comprendre ensuite. Fais pareil, il lui propose comme si c’était aussi facile à dire qu’à faire.

Le parallèle est correct. Si correct qu’il aurait sans doute dû l’employer avant ce soir. La phase d’inventaire des possibilités était cependant nécessaire, avant de pouvoir songer à en entamer la gestion.

Il y avait aussi quelque chose à l’intérieur de Caesar sur lequel il n’avait pas le contrôle, dont il ignorait l’origine, et ça l’a rongé. Dès le moment où ça a été diagnostiqué, tout a commencé à aller mieux. Mais une intuition est-elle réellement comparable à une émotion ? N’est-elle qu’une émotion spécifique ? Ne relève-t-elle pas plus d’une information qu’on n’a pas l’impression d’avoir le droit de détenir, et qui à son tour entraîne une émotion, mélange de malaise et de ce que l’intuition concernée peut bien inspirer ? Et puis, les pressentiments restent, alors que les émotions passent. Maena ne pense pas avoir la vie plus facile que son frère, mais autant elles sont comparables, autant leurs deux situations restent tout de même très différentes.

— Vous arrivez à juste ressentir sans expliquer, vous ? elle ne peut s’empêcher de l’interroger, à la fois curieuse à ce sujet et lassée de parler de sa propre situation.

À chaque fois qu’il lâche des commentaires sur l’Humanité au sens large, elle tique. Lui ou quelqu’un d’autre qui partage ses origines, d’ailleurs. Est-ce une spécificité unique qu’ils décrivent, ou bien simplement une opposition à leur expérience en tant qu’Homien sur Terre ?

— Oui et non. Je suppose que nos pensées sont beaucoup plus étroitement liées à nos émotions, donc leur analyse est moins longue, plus directe. Ce qui vous donne parfois l’impression que nous n’en avons même pas, d’ailleurs. Notre façon de traiter les informations est juste différente, pas meilleure ni moins bonne, il reconnaît le mérite de la question sans être en position d’y répondre avec grande clarté, haussant les épaules, dans un nouveau bruit de frottement métallique de ses chaînes sur le sol bétonné.

C’est rare pour la jeune fille de le coller. Avec Strauss ou Ben, c’est un peu plus facile, mais les autres ont beaucoup trop d’expérience pour que ce soit si simple. En l’occurrence, ils touchent sans doute à l’un des thèmes les plus complexes, dans un peuple comme dans l’autre. Ils ont encore de la marge avant de le démêler, et ce ne sera sans doute pas de tout repos.

Elle ne peut pas s’empêcher de penser à la comparaison que le mathématicien de l’Espace lui a soumise l’autre jour. Selon laquelle ils seraient dans le même bateau, avec leurs soucis de contrôle respectifs. Elle n’y croit toujours pas, et cette déclaration de Kayle la conforte dans son idée. Elle fait des choses sans s’en rendre compte parce qu’elle ne prête pas suffisamment attention à son ressenti, n’en est pas assez consciente. Lui, il sait très exactement ce qui se passe, mais n’arrive pas à l’orienter dans la direction souhaitée. Il a la compréhension sans l’exécution, et elle, c’est tout l’inverse. La théorie en opposition à la pratique. Ils font vraiment la paire. Peut-être que c’est ça, qui les rend si attachés l’un à l’autre sans que quiconque ne le comprenne.

— Est-ce qu’il y aurait des émotions que nous n’avons pas en commun, vous et nous ? elle interroge finalement son maître, après qu’il lui a laissé le loisir de pondérer sa réponse précédente en silence.

Un nouveau sourire de l’alien blond resplendit à la lueur de la Lune. Il n’avait pas tort en pensant qu’elle allait être une élève intéressante. Il a d’ailleurs allègrement exagéré en évoquant l’idée qu’il pourrait ne pas trouver son compte dans cet arrangement. C’est juste que la psychologie est la dernière arme qu’il lui reste pour s’amuser un peu. Il se détache du mur pour enfin se pencher vers son apprentie, dans un nouveau tintement du métal sur le conglomérat. Il ne pense pas qu’il aura une réponse satisfaisant à cette question, comme il n’en a déjà pas vraiment eu à la précédente, et n’en aura peut-être pas à la suivante. Mais c’est justement ça qui rend l’expérience stimulante.

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