3x03 - À vif (17/18) - Bras de fer
Après une longue attente dans un salon d'une époque indéterminée en dehors de ne certainement pas être celle en cours, Jack est enfin appelé dans le bureau ovale. Chuck, qui l'a rejoint peu après son arrivée, brise son comportement sculptural pour l'encourager d'un sourire. C'est une telle élégance, que l'adolescent aurait aimé exsuder. La façon de se lever en reboutonnant sa veste sur son costume trois-pièce du grand blond est tellement sans effort qu'elle surpasse même celle du père du tatoué, qu'il a toujours secrètement admirée. Il s'efforce de se concentrer sur le fait que le Diplomate est de son côté, qu'il est supposé représenter un argument en sa faveur. Il va rester neutre, ne rien dire, c'est évident, mais tout de même, l'avoir derrière son épaule gauche le rassure. C'est peut-être la première fois de sa vie qu'il a besoin de réconfort. Ou qu'il s'en rend compte, en tous cas.
L'attaché gouvernemental qui a ouvert la porte les accueille tous les deux d'un sourire poli, son regard s'attardant tout aussi longuement sur chaque visiteur, même si pour des raisons différentes. Le premier retient son attention pour sa jeunesse, tandis que c'est l'écrasant charisme du second qui lui fait marquer un temps d'arrêt. La porte est maintenue ouverte sur leur passage puis refermée derrière eux, après quoi l'assistant s'éclipse derrière une autre issue de la pièce, les laissant seuls au milieu d'une grande table en U. Sept personnes y sont installées.
Là où autrefois un bureau unique devant une série de canapés occupaient l'espace, du temps de la démocratie, se tient aujourd'hui une grande surface intelligente en fer à cheval, autour de laquelle sont installés les plus hauts dirigeants du demi-continent. Sept individus, donc, actuellement 4 femmes et 3 hommes, siègent ici. D'origines et d'expertises diverses, ils sont recrutés pour leurs compétences de direction et de prise de décision, leurs capacités à rester impartiaux et établir des compromis. Ils forment un conseil de gestion choisi par candidature pour être assermenté, et tenu responsable de ses décisions par un autre bureau encore.
— Mesdames et Messieurs de l'oligarchie. Merci de me recevoir, Jack salue le consortium avec toute la bonne éducation qui lui a été inculquée.
— Vous ne nous avez pas exactement laissé le choix, Mr. Nimbleton, répond celui qui trône à la tête du U, dur.
Les places sont octroyées par ancienneté. Le doyen des membres du conseil oligarchique est placé là, avec à sa droite le second plus ancien – aujourd'hui, une femme – et à sa gauche le plus récent – en l'occurrence, un homme. De l'autre côté du benjamin se situe la troisième plus ancienne, qui a la seconde plus récente addition à sa gauche, en bout de branche. De l'autre côté du fer à cheval, le troisième plus jeune membre du groupe est directement à la droite de la seconde plus ancienne, et le membre intermédiaire ferme cette autre branche. Cette tentative d'alternance d'ancienneté est supposée optimale, dans une optique d'évitement des coalitions.
— S'il vous plaît, appelez-moi Jack. Mr. Nimbleton, c'est mon père, le grand adolescent ne se démonte absolument pas à cette réponse froide.
— Eh bien, Jack, étant donné que vous avez fait opposition à toute tentative de recrutement de notre part avec une véhémence accrue, nos agents nous ont suggéré d'accéder à votre requête d'une audience, lorsqu'elle est arrivée, l'homme élabore les raisons de son accueil frugal.
Bien que tout soit mis en œuvre pour éviter l'abus de pouvoir, les individus dans cette pièce sont tout de même peu habitués à rencontrer de la résistance. D'autant moins de la part de quelqu'un d'aussi jeune.
— Ils sont plus malins qu'ils en ont l'air, dans ce cas, raille le petit prodige.
L'entièreté du conseil soupire avec plus ou moins d'outrage, mais tout le monde s'abstient de commentaire à cette effronterie. Ils ne s'attendaient pas à moins, avec les retours qui leur ont été faits des quelques interactions qu'il a eues avec divers agents de recrutement. Son tout premier message était déjà clair ; ceux qui ont suivi avaient eu pour seule vocation d'entériner son intention.
— De quoi souhaitez-vous parler, Mr… Jack ? l'interroge la femme à la droite du doyen, se reprenant à la dernière minute sur l'appellation qu'il les a si poliment enjoints d'utiliser.
— Vous êtes plutôt décidés à m'avoir de votre côté, pas vrai ? il lui retourne une question, comme pour s'assurer qu'ils partent bien des mêmes bases.
— Il est de notre responsabilité de veiller aux intérêts de notre périmètre géographique et du monde, déclame le doyen d'un ton transactionnel, comme un vieux slogan rouillé.
Pas même lui n'était en fonction lorsque le dossier Jack Nimbleton est revenu aux oreilles du conseil oligarchique. Personne ne reste dans l'oligarchie plus de 7 ans, son cas a commencé à attirer l'attention dès ses 4 ans, et il en a aujourd'hui 18. Cependant, l'intérêt qu'il suscite n'a cessé de croître en même temps que lui, et ces dernières années n'ont pas été dénuées de rebondissements pour ses divers accès de délinquance, juvénile certes, mais qui ont interpelé tout de même.
— Je vous fais si peur que ça, huh ? s'amuse le jeune homme.
Si Chuck n'était pas autant maître de lui-même, il aurait dû lutter pour retenir un sourire. Intérieurement, il s'esclaffe. Ce que Jack cherche à faire, c'est s'assurer qu'il a toute l'attention de son auditoire. Cette dernière réplique de la part du chef du conseil lui a semblé un rien désengagée, et il voudrait capter leur attention à tous.
— La prudence est de mise avec les jokers. Nous ne vous ferons pas l'affront de vous sous-estimer, reprend la femme, elle aussi un brin commerciale, mais son regard un peu plus concentré tout de même.
Le tatoué s'en contentera. Il est temps de se mettre en jambes pour sa présentation.
— Je note que vous parlez de prudence. Ça tombe bien, parce que c'est d'une précaution en place, dont j'aimerais discuter avec vous, il rebondit habilement.
— Laquelle ? demande une oligarque parmi les plus jeunes, impatiente.
Dire que sa demande d'audience les avait surpris serait en-dessous de la vérité. Ils avaient longuement discuté de son cas, dès que la possibilité de le recruter avait été ouverte, à son dix-huitième anniversaire, quelques mois plus tôt. De mémoire de tout le monde autour de cette table, même avant leur prise d'office, jamais un seul individu n'avait été aussi ardemment considéré comme une menace et nécessité tant d'efforts pour être maîtrisé. Et Chuck confirmerait cette exception avec une assez grande marge temporelle.
— La façon dont vous gérez les sujets d'expérimentation illégale ne fonctionne pas, lâche alors Jack comme une bombe, haussant les épaules et faisant la moue comme si ça n'était pas d'une grande importance.
Les mouvements de recul du menton forment une vague involontaire dans l'assemblée, tout comme les haussements de sourcils. Certains réajustent leur siège, mal à l'aise. Nul n'ignore que cette gestion tire sa source d'événements anciens et tragiques. Et selon leurs origines géographiques, certains membres du conseil y sont d'autant plus sensibilisés que d'autres.
— Je vous demande pardon ? s'enquiert le membre d'ancienneté intermédiaire, en bout de table, sur la gauche de Jack.
— Je dois me répéter, ou bien c'est un terme en particulier qui vous échappe ? lui renvoie l'adolescent, cinglant.
Il n'est pas venu ici pour jouer sur les mots. Il y a du théâtre, dans ce qu'il s'apprête à faire, mais ces gens n'ont pas de temps à perdre. Leur jugement n'est pas facilement trompé. Ils sont non seulement volontaires mais sélectionnés pour ce poste, pour leur abnégation et leur rigueur. S'ils pèsent chacun de leurs édits, ils ne se perdent pas en pourparlers pour autant. Ils ont dit ne pas souhaiter le sous-estimer, et il ne compte pas commettre cette erreur à leur égard non plus.
— C'est juste que… Le sujet de l'expérimentation illégale n'a pas été abordé depuis très longtemps, continue le même interlocuteur, embarrassé d'avoir été repris aussi vertement.
— Est-ce que c'est vraiment une bonne raison pour ne pas le faire ? le blondinet oppose à cette argument bancal, penchant la tête sur le côté comme pour souligner à l'homme à quel point il lui paraît déraisonnable.
Ce dernier ferme la bouche et baisse la tête, comme honteux de son objection en effet peu pertinente.
— Veuillez élaborer, s'il vous plaît, demande le doyen, las de voir ses collègues remis à leur place aussi facilement par quelqu'un de la moitié de leur âge.
— Comme je viens de le dire, ce que vous faites ne fonctionne pas. Le dernier sujet d'expérimentation illégale ayant effectivement causé des morts à avoir été appréhendé l'a été il y a 57 ans. Et ce n'est arrivé que parce qu'il était justement en train de faire des dégâts. Aussi, il avait été volontaire pour l'expérimentation en premier lieu.
Par ce point d'Histoire, le blondinet soutient sans peine son jugement d'un peu plus tôt. L'affaire en question ne concernait même pas une organisation criminelle mais un savant fou isolé, ayant littéralement recruté son patient dans un asile psychiatrique. La situation était tellement pathétique qu'elle aurait été gérée par les forces de Police avec ou sans législation sur le besoin de ratification des protocoles expérimentaux et essais cliniques.
— Où voulez-vous en venir ?
— Tous les sujets capturés dans ce cadre depuis lors – strictement tous – ont pu être contenus sans heurt, sans qu'ils n'aient jamais nui à qui que ce soit, quand ils présentaient seulement un danger en premier lieu, et ce jusqu'à leur exécution, poursuit Jack dans son exposé du passé.
— Est-ce que vous espérez vraiment nous inciter à desserrer le contrôle sur l'expérimentation illégale ? croit deviner le plus jeune des oligarques, choqué.
— Bien sûr que non ! Ça va pas, la tête ? Il y a des laboratoires à travers le monde qui sont en train de tirer les plans pour des robots-tueurs et des virus mutants au taux de contagion exponentiel en ce moment-même. Il faut bien que quelqu'un se dresse sur leur chemin, réplique le fils d'ambassadeurs.
— Je ne suis pas certain de suivre votre raisonnement, dans ce cas, reprend le benjamin du conseil, à la fois soulagé et toujours méfiant.
— Je ne m'attends pas à ce que vous changiez vos intentions ; en ce qui me concerne, elles sont louables. Ce sont vos méthodes, que j'aimerais vous proposer de faire évoluer, offre le petit blond avec diplomatie.
— Est-ce que vous avez une meilleure idée que celle de mettre toutes les ressources à notre disposition sur le front ? lui demande le doyen, une moue amusée au coin des lèvres.
— Sauf que ce n'est pas ce que vous faites, proteste Jack sans ménagement.
— Je vous demande pardon ?
Cette fois, ce n'est pas la surprise qui porte cette question, mais un brin de colère. Il s'attaque à l'ordre qu'ils s'efforcent de maintenir en place, à la société dont la gestion est leur responsabilité. Quelle impudence !
— Vous ne mettez pas toutes les ressources à votre disposition sur le front, insiste pourtant le jeune homme, très calme et posé même face à ces géants de puissance politique.
— Toutes les ressources adaptées. On ne peut pas décemment retirer du personnel de l'enquête d'autres catégories de crimes pour gérer un seul et unique type d'infractions, aussi graves soient-elles, le président du conseil campe sur sa propre position, piqué au vif, mais restant tout de même cohérent dans son propos.
— Encore une fois, vous vous méprenez sur mes intentions. Je ne vous demande pas de redistribuer les enquêteurs dont vous disposez déjà, détrompe à nouveau Jack, puisque les déclarations des oligarques sont évidemment valides.
Il ne peut pas leur donner tort. Il ne veut pas, d'ailleurs. Ils font ce qu'ils peuvent. Ils n'ont pas eu par eux-mêmes l'idée qu'il s'apprête à leur soumettre, mais ça ne signifie pas que leurs autres idées jusqu'ici étaient mauvaises. Toute chose considérée, la sécurité du grand public sur ce plan est assurée ; ce sont plutôt des cas aux limites, dont il aimerait revoir le traitement.
— Il n'est pas possible de simplement en obtenir plus, Mr. Nimbleton ; une carrière reste un choix. Notre système repose sur la base du volontariat, et le moindre déséquilibre dans cet arrangement pourrait avoir des conséquences drastiques, lui fait remarquer l'homme à sa gauche.
— Vous, je vais mettre votre lenteur de compréhension sous le compte de la fatigue. Premièrement, je vous ai dit de m'appeler Jack. Deuxièmement, je suis en train de vous dire que vous devriez recruter les victimes innocentes que vous euthanasiez actuellement inutilement, dans le but de stopper celles que vous n'approchez même pas, et qui nécessiteraient effectivement cette sentence, lui répond Jack, agacé.
Il ne cherche pas à insulter son auditoire, mais il n'apprécie pas l'ombre de condescendance qu'il a perçu dans cette dernière remarque. Il n'a été rien d'autre que courtois jusqu'ici, si à peine espiègle, et il s'attend à la même chose en retour. Si on le prend pour un imbécile, il faut s'attendre à recevoir la pareille.
— Les sujets d'expérimentation non-conventionnée sont euthanasiés par précaution, lui rappelle la même oligarque qui avait déjà parlé de prudence un peu plus tôt.
— Une précaution compréhensible, mais qui, malheureusement, ne fonctionne pas ! Comme j'essaye de vous le faire comprendre depuis le début. Vous condamnez à mort des enfants de 5 ans dont le seul crime est d'avoir des parents qui ont refusé d'accepter la réponse négative de mère Nature à leur désir de progéniture. Et pendant ce temps, il y a des expériences effectivement dangereuses qui se déroulent ailleurs, dont les résultats ne sont jamais ne seraient-ce qu'inquiétés. Le peu de ressources que vous avez à dépenser sur ce front sont gâchées, et le faible avantage que vous pourriez gagner sur ce terrain, vous l'exécutez, le grand adolescent remet pour la première fois directement en cause l'ordre établi, si pas la volonté derrière celui-ci.
— Puis-je vous demandez l'origine de votre intérêt pour ce sujet, Jack ? demande tout à coup la plus jeunes des deux oligarques à n'avoir pas encore pris la parole.
Il se tourne vers elle pour la voir le dévisager d'un regard affûté. Il sourit en hochant la tête. Mentalement, il remercie cette femme de lui offrir l'ouverture dont il avait besoin pour abattre sa carte maîtresse.
— Je vois. C'est vous, la plus fine du groupe. Je m'y intéresse parce que lorsque j'ai eu 18 ans il y a quelques mois, mes parents m'ont parlé du marché qu'ils avaient conclu avec vous, ou en tous cas vos prédécesseurs, afin de vous empêcher de tenter de me recruter avant que je sois majeur. J'apprécie que vous m'ayez laissé cet Été, soit dit en passant. Et ce qu'ils m'ont aussi raconté, c'est l'histoire de ma naissance, il commence à révéler.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Seulement que deux de vos meilleurs et plus respectés négociateurs internationaux ont conçu l'enfant qu'ils voulaient si désespérément dans un tube à essai, il lâche comme une bombe.
La majorité des oligarques semblent sur le point de se lever de leur chaise et ne se retiennent que de justesse. Tous ont un mouvement de recul, si plus ou moins prononcé. Il aurait déclaré être porteur de la peste et du choléra que leur réaction n'aurait peut-être pas été si différente. Ils le contemplent avec autant d'horreur que la politesse le leur permet.
— Est-ce une confession ?! grince le chef du conseil entre ses dents, le seul suffisamment encore maître de ses moyens pour parler.
— Ou peut-être un mensonge éhonté. Comment savoir ? Quelle angoisse ! Ce dont vous auriez besoin pour me condamner, c'est de preuves concrètes, ce que je ne peux pas vous fournir et vous ne pourrez pas obtenir par vous-mêmes. Donc vous avez deux options : celle d'un scandale public pour me traîner moi et mes chers parents dans la boue sans avoir les moyens de prouver vos accusations, OU celle d'une coopération avec moi, dont vous avez si peur, pour justement faire en sorte que votre système fonctionne enfin comme il le devrait et vous le voudriez sur ce plan. Pour info, la deuxième voie est aussi votre seule possibilité de vous assurer ma loyauté. Et votre refus ne fera que me compliquer la tâche, il ne m'arrêtera pas, Jack expose avec jubilation le paradoxe sur lequel repose toutes ses négociations.
D'après ses calculs, ils ont tout à perdre à refuser son offre et tout à gagner à l'accepter. Ils ne devraient même pas avoir à réfléchir. La stricte application d'une loi, aussi viscérale soit-elle, n'est possible qu'avec l'accord de l'opinion publique. Ce conseil reste au service de la population. Accuser deux de leurs meilleurs éléments sans preuve est une assurance de mutinerie. Et laisser dire qu'ils ont laissé courir un tel crime pendant aussi longtemps, tout autant.
— Qu'est-ce que vous avez en tête ? demande le doyen d'un ton solennel, ses mâchoires toujours serrées.
Lui comme le reste de ses collègues se sont un peu détendus au moment où Jack a laissé place au doute quant à sa déclaration précédente. Il faut bien admettre que c'est une très bon calcul de sa part. Tous dans cette pièce son familier des Nimbleton ; ce sont des piliers de la communauté politique, compétents, droits, objectifs. Il est donc très difficile de les imaginer emprunter cette avenue. Il est pratiquement de notoriété publique que leur fils a été un imprévu, pour eux. Néanmoins, le garçon est indéniablement extraordinaire, si bien que la possibilité que son capital génétique ne soit pas un hasard pourrait aisément être envisagée. Et si c'était le cas, il serait, en dépit de ses transgressions adolescentes, la preuve de la viabilité d'individu conçu de cette manière, ce qui remettrait en question une stratégie pourtant mise en place pour d'excellentes raisons. Laisser éclater ce scandale, même sans preuves, ne ferait donc pas que discréditer deux de leurs meilleurs éléments, ça pourrait aussi ouvrir la porte à une vague particulièrement destructrice. Quelle que soit la vérité, ils ne peuvent ainsi pas se permettre de laisser planer le doute, car cette issue doit être évitée à tout prix.
— C'est assez simple, vous allez voir : je veux être la première victime d'expérimentation non autorisée à travailler pour le gouvernement. Ce sont mes conditions. Je veux ma liberté d'action, sur la promesse que je ne ferai jamais qu'œuvrer dans les intérêts de la loi écrite pour protéger. Je veux trouver d'autres individus comme moi, victimes, inoffensifs, ou en tous cas dont les risques sont maîtrisables, et qui peuvent être mis au service de la traque de ceux qui présentent un réel danger, et que vos méthodes ne sont actuellement pas en mesure de seulement localiser et donc encore moins stopper. Et si je me loupe, eh bien, vous pourrez toujours en revenir à vos bonnes vieilles méthodes, le blondinet résume son projet en toute simplicité, comme s'il ne remettait pas en cause plus d'un siècle d'exécutions systématiques.
Les membres du conseil semblent se détendre d'un degré de plus dans leur siège, mais pas davantage. Des regards sont échangés, furtivement d'abord, puis de plus en plus franchement. Comme une négociation silencieuse se déroule sous les yeux de Jack, qui se garde bien de montrer son impatience ou intervenir. Il n'ose même pas se retourner vers Chuck, qui n'a curieusement pas été pris à parti ni même seulement salué par qui que ce soit. Mais après tout, ceux qui sont au courant de ses origines, les trois plus anciens du conseils, n'ont sans doute pas envie de le solliciter sans excellente raison, et le reste l'ont sans doute uniquement vu comme un chaperon quelconque.
— Je présume que vous avez déjà tout ça par écrit ? finit par présumer le doyen des oligarques.
Jack sourit pour toute réponse, puis tire son SD de la poche intérieur de sa veste afin de venir l'apposer à leur table. Qu'ils acceptent de relire sa proposition signifie qu'ils vont sans doute l'accepter sous une forme ou une autre. Tout n'est pas gagné, de longues négociations sont à prévoir, et le succès de son entreprise par la suite n'est pas garanti. Mais c'est le début qu'il voulait. Comme il le leur a annoncé, il aurait poursuivi son idée sans leur approbation, mais ça lui aurait grandement compliqué la vie. Il a toute confiance en sa capacité à échapper aux autorités – sinon elles n'auraient pas si peur de lui – mais il ne peut pas en dire autant pour tous les membres de la troupe que les Quanto ont rassemblée autour d'eux. Il n'aurait pas accepté d'impliquer Caesar sans un minimum de légitimité. Qu'il devrait obtenir sous peu. À côté de lui, Chuck sourit doucement, satisfait lui aussi de l'issue de sa présentation.
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