3x03 - À vif (16/18) - Imprésarios
Ellen et Nelson marchent ensemble le long du trottoir, sur la partie de leur chemin de retour chez eux qu'ils ont en commun. Ils ont retrouvé Mae en cours de Maths, en début d'après-midi. Elle était normale, elle-même, souriante, bavarde, presque rayonnante. Puis, ils s'étaient à nouveau perdus de vue à cause du cours de langue qu'ils ne partagent pas avec elle. Et ils ne s'étaient pas rassemblés ensuite. Elle les avait prévenus, tout de même, expliquant qu'elle devait filer justement pour travailler à la maîtrise de ses symptômes auxquels elle ne veut pas les exposer. Et pourtant, ça reste un peu triste de ne pas l'avoir avec eux.
— Tu crois qu'on devrait parler de Nash à Mae ? interroge tout à coup Ellen.
De toute évidence, leurs pensées à tous les deux sont tournées vers leur camarade. Difficile de ne pas laisser sa situation, pour le moins critique, phagocyter leurs vies respectives. Rien d'aussi palpitant ne leur arrivera sans doute jamais. Ils n'auront pas de plus grand secret à garder. Et c'est une bonne chose, dans le fond.
— Qu'est-ce qu'on a de plus à lui dire à propos de lui ? relève l'adolescent, sourcils froncés par l'incompréhension.
Qu'il est maintenant au courant pour son enlèvement, ils le lui ont déjà dit tout à l'heure. Elle n'a pas bronché. Elle pensait qu'il avait déjà trouvé l'information par lui-même. C'est de notoriété publique, et il avait une bonne raison de se poser la question. Ça ne l'inquiète pas.
— Bah, qu'il l'aime bien, déclare la marginale sur le ton de l'évidence.
— Quoi ?! pouffe Nels à cette idée, un grand sourire amusé étirant ses lèvres.
— C'est un peu évident, insiste son amie à bonnet, sérieuse, pour sa part.
— Mais non, continue l'autre dans son déni, secouant la tête de gauche à droite.
— Toi, alors, tu raterais une vache dans un couloir ! elle l'admoneste simplement.
— Déjà, ce n'est pas pour ça qu'on utilise cette expression. Et ensuite, qu'est-ce que tu t'y connais, de toute manière ? il refuse cette accusation aussi bien sur la forme que sur le fond.
Il doit dire que ça commençait à faire un petit bout de temps qu'Ellen ne leur avait pas fait profiter d'une de ses théories les plus fantasques. Elle a dû en épuiser un bon stock pendant la captivité de Mae, et après la révélation de la vérité, elle a plutôt utilisé son imagination débordante à chercher des solutions à sa situation. Ce qu'elle a trouvé n'était pas vraiment viable – en résumé, l'exil vers une contrée hors des conventions citoyennes mondiales –, mais ça restait théoriquement réaliste. Là, elle affabule, à son avis. Ils ne sont qu'à un mois du début de l'année scolaire, et si Nash a adressé la parole à Mae cinq fois, ce serait déjà beaucoup. C'est sûr, Mae est une fille jolie et sympa, même en ne pouvant pas avoir une relation plus platonique avec qu'elle qu'il n'a, il sait l'admettre, mais une si faible exposition à elle n'est tout de même pas suffisant pour développer quelque béguin que ce soit. Et en plus, Nash ne lui a pas donné l'impression d'être un cœur d'artichaut.
— Peut-être plus que toi qui t'es déjà fait duper par la reine des garces, claque la jeune fille à cette question.
— C'est bas, il lui fait remarquer, bien que sans mal le prendre.
Suffisamment de temps est passé, en ce qui le concerne, pour que le sujet de son ex ne l'atteigne plus vraiment. Il a digéré. Les vacances d'Été ont aidé. Et être préoccupé par Mae aussi. Il aurait préféré que le facteur déclencheur de sa prise de recul soit autre chose que l'enlèvement de sa meilleure amie, mais on n'a pas toujours le choix de ce qui nous arrive. Toujours est-il que oui, Sarah s'est bien moquée de lui, et elle continue apparemment à dire du mal de lui dans son dos à qui veut l'entendre, mais c'est elle qui devrait avoir honte, pas lui. Il espère toujours qu'elle s'améliorera un jour. En attendant, ce n'est plus son problème.
— En fait, je ne sais pas si ça ne pourrait pas perturber Mae de le savoir, parce que de toute façon elle ne peut rien y faire. Mais si elle ne sait pas, ça pourrait la prendre par surprise, ce qui pourrait aussi constituer un problème, analyse Ellen à haute voix, pesant le pour et le contre de ce qu'elle envisage vis-à-vis du risque qu'elle perçoit.
Nelson n'est toujours pas convaincu du bien-fondé de ses soupçons. Il décide cependant de faire plaisir à son interlocutrice et d'un peu entrer dans son jeu. Qu'elle ait tort ou raison, ça ne coûte pas grand-chose d'envisager les scénarios.
— Ça n'en arrivera pas là ; elle ne traîne pas avec lui, il la rassure.
— Ils ont Photographie en commun, en plus du reste, lui rappelle sa compagne de route.
— Et ils traînent quand même pas ensemble. Il est nouveau et curieux, c'est tout. Arrête de te faire des films, il continue à désamorcer ses inquiétudes, allant jusqu'à lui donner un petit coup d'épaule.
— Très bien ! Reste aveugle ! Mais si Mae l'électrocute ou l'écorche vif par inadvertance, ce sera ta faute, elle lâche enfin l'affaire, même si à contrecœur.
— Ew. Merci pour cette image. À demain ! il clôt le débat avec une grimace écœurée.
Heureusement pour lui, ils ont justement atteint la fourche sur leur trajet qui distingue son retour chez lui de son retour chez elle, et doivent donc se séparer. Il ne sait pas s'il aurait su rester stoïque à d'autre scénarios tout aussi gores dont ne se serait pas privée Ellen. Et dire qu'elle est pourtant supposée être la plus frileuse de leur trio à la vue du sang. Et pour lui, que les scène invoquées impliquent Mae n'aide pas à les rendre plus digestes, c'est même l'inverse. Mais bon, un avantage qu'il doit bien concéder à ses digressions, cependant, c'est qu'elles lui font au moins momentanément oublier qu'il ne raccompagne plus Mae comme il l'a fait tout l'Été. C'est un autre signe qu'elle a pris des distances, ces derniers temps, et ça ne fait pas plaisir à son plus vieux copain.
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