3x02 - Panacée (13/19) - Point stratégique
Andy apparaît presque littéralement aux côtés de Chad, au plus discret de ses endroits habituels pour surveiller Walter Payton. Il l'a appelée. Il l'a fait venir. Il a besoin d'elle. Il a tenté de gérer la situation présente par lui-même, mais rencontre un obstacle majeur, qu'il pense qu'elle devrait pouvoir l'aider à surmonter. L'hôpital peut attendre, car les deux personnes qu'elle y surveille sont aujourd'hui en contact étroit avec des renforts si besoin. Non pas que Daisy et Markus devraient en avoir plus besoin qu'un autre jour, puisqu'ils restent des cibles adjacentes, dans un lieu relativement publique de surcroît, mais puisqu'ils se sont proposés pour aider à garder un œil sur tout le monde, il ne serait pas correct de la part des Homiens de délaisser leur poste sans bonne raison ni solution de repli.
— On a un souci, déclare simplement l'encapuchonné, de son habituel ton sérieux.
— En effet, je peux ça sentir d'ici. Tu étais où ? s'exclame la fausse blonde, le nez froncé par le dégoût.
Par chance, ce qu'elle détecte ne va pas se retrouver dans les analyses de l'air, c'est trop spécifique, mais pour les leurs, on ne peut pas le manquer. Et ce dont ça dénote ne présage rien de bon. Ce qui a dû se passer est mauvais. Très mauvais. Même alors que Chad est déjà intervenu pour neutraliser le composé, Andy peut tout de même estimer qu'il était plutôt bien fait, efficace et ciblé, tout en restant très maladroit tout de même, ce qui n'est jamais une combinaison d'adjectifs très rassurante.
— Elle est rapide, je peux le lui concéder, déclare l'autre Protecteur pour toute défense.
Il n'est pas fier mais il n'a pas honte non plus. Ce ne sont pas les écarts biologiques de Maena Quanto qu'il est là pour surveiller, à la base. Et puis, il a évité la catastrophe, non ? C'est l'essentiel.
— Donc, tu as pu l'empêcher de tuer sa cible, mais elle a quand même été affectée, résume Andy, raccrochant peu à peu les morceaux de ce qui s'est passé.
Chad a rendu le pathogène inactif, et arrêté sa propagation, mais étant donné la zone actuellement contaminée, certainement pas avant que la victime n'ait été touchée. En même temps, l'attaque a vraisemblablement été déclenchée par son passage à proximité de sa source, donc c'est logique. Il aurait fallu qu'il se tienne juste à côté de Maena, pour éviter que sa petite incartade ne fasse quelque dégât que ce soit, ce qu'il ne peut pas raisonnablement se permettre.
— Elle a une plaque, qui est sous traitement. Mais je m'inquiète des effets secondaires sur le long terme, l'extraterrestre à casquette offre un bilan de ses observations.
— Alors occupe-toi-en. Pourquoi tu as besoin de moi ? grogne Andy, déjà lassée par ce non-problème.
Le nettoyage n'est clairement pas la partie la plus trépidante de leur travail, mais il faut bien le faire quand même.
— C'est une adolescente, déclare simplement Chad, comme si ça se suffisait à soi-même.
Ce qu'il sous-entend, c'est qu'autant il est dans son droit de errer dans les rues de Chicago, même dans le quartier d'un lycée, autant aborder une gamine serait mal vu. Or, pour un diagnostic complet, il est bel et bien nécessaire d'entrer en contact avec elle. Il y a une raison bien particulière pour laquelle Andy a pu s'approcher de Brennen sans trop de souci, lorsqu'elle en a eu besoin, et ce n'est pas parce qu'elle avait sa place dans les couloirs grâce à son association à Uriel Uglow. Chad ne bénéficie pas des mêmes facilités qu'elles.
— Alors… deviens une adolescente…? lui suggère sa collègue sur le ton de l'évidence.
Elle plisse les yeux. Elle ne comprend pas comment il n'a pas pu en arriver à cette marche à suivre de lui-même. A-t-il à ce point perdu la main, avec son mal du pays ?
— Je ne peux pas faire les deux ; être une adolescente et lui venir en aide, il expose sans complexe les limites de ses capacités.
Andy cligne plusieurs fois. Il est vrai que certaines secrétions sont incompatibles, certains composés ne peuvent pas cohabiter, et donc certaines actions ne peuvent jamais leur être accessibles au même instant. La forme physique n'est cependant que très rarement un problème. Si c'en est un, cela vient du Homien et pas des règles environnementales. C'est que, mentalement, il n'arrive pas à soutenir la forme en question et effectuer ce qu'il a à faire.
— C'est une plaisanterie ? Demande Andy, pourtant conscient que celui à qui elle s'adresse n'est pas doué pour l'humour.
— Ça m'embête plus que toi, il rétorque simplement.
— Permets-moi d'en douter. Tu sais à quel point ça va être difficile d'isoler CETTE fille ? En plus de devoir être seule avec elle une fois qu'on a réussi… objecte Andy, furieuse.
Elle n'a eu aucun mal à reconnaître le matériel génétique auquel l'infection dans l'air était destinée avant d'être rendue inoffensive. Et très franchement, ça ne l'étonne pas que ce soit après Sarah Degriff que Maena en ait eu. Du temps où ils utilisaient encore les lycéens comme intermédiaires pour récupérer des informations sur ce qui se passait à travers la ville, dans l'espoir de localiser Kayle, ils avaient découvert que le nombre de ses camarades à en vouloir à cette jeune fille en particulier était si élevé qu'ils avaient même envisagé que celui qu'ils pourchassaient s'en prenne à elle, à un moment donné. Elle n'est ni sympathique, ni agréable, mais se protège en s'entourant d'une nuées de suivantes, qu'elle tient par un mélange de menaces et de faveurs. Une vraie plaie de manière générale, et d'autant plus en les circonstances.
Bon, forcément, Chad a raison sur le fait que passer d'une femme adulte à une adolescente est moins compliqué que de passer d'un homme adulte à une adolescente. Plus la forme qu'on cherche à adopter est proche de celle qu'on adopte par défaut – au sein d'une même espèce ou entre espèces, d'ailleurs – plus la transition et le maintien sont aisés, et donc continuer à faire ce qu'on a à faire est facile. Ceci étant dit, en l'occurrence, Andy ne devrait même pas avoir changer quoi que ce soit à son apparence. Mais ça ne retire rien à la difficulté et la pénibilité de l'approche.
— J'ai une vague idée, oui, s'excuse tacitement Chad.
— Des parents hélicoptères pour une princesse accro à l'attention ; même avec de l'aide, on ne peut pas garantir un chemin direct sans surveillance jusqu'à elle, résume la fausse blonde, dépitée.
Est-ce qu'ils ne pourraient pas tout simplement la laisser mourir ? Ou vivre avec les conséquences de ce que lui a fait Maena, quelles qu'elles soient ? Cette pimbêche ne serait pas exactement une perte, du point de vue d'Andy, et elle n'a pas démérité d'un certain degré de châtiment divin non plus. Et puis, si vraiment elle devait avoir des effets secondaires, ce ne serait sans doute rien de si grave que ça. L'ennui réel, c'est que si quoi que ce soit d'anormal devait lui arriver, quelle qu'en serait la gravité, alors ce serait étudié de près, et ils risqueraient l'exposition. Même le problème représenté par Maena après le dérapage de Strauss n'avait pas été aussi compliqué à régler. Enfin, quelque part, sans doute qu'on peut dire que si, puisque c'est de là qu'ils en sont arrivés ici aujourd'hui. Ils sont techniquement toujours en train de gérer les conséquences de ce contact de quelques secondes. Avec le recul, Andy regretterait presque sa clémence du jour où ils ont découvert que Maena était retenue dans un laboratoire. Presque.
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