3x02 - Panacée (4/19) - Embuscade
Caesar est assis à son bureau, dans sa chambre. Il fut un temps où il se demandait vaguement comment son frère faisait pour rester le nez dans ses bouquins pendant d'aussi longue périodes. Aujourd'hui, alors qu'il a décidé d'approfondir un sujet qui lui a un peu plus plu que les autres, récemment, il pense qu'il commence à comprendre. Malheureusement, il est tiré de sa concentration par la sonnette de la porte d'entrée. Sachant le reste de la maisonnée occupée, en plus de pour la plupart moins en position d'expliquer leur présence que lui, il se dévoue tacitement pour aller répondre. Il dévale les escaliers au rythme de l'habitude de toute une vie, puis ouvre. Il reste ensuite en arrêt une seconde devant l'identité du visiteur :
— Jack ? Pourquoi t'es pas à la fac ? il interroge son meilleur ami, qu'il n'attendait pas.
— Je peux te retourner la question, je te signale, esquive le blondinet, joueur, en croisant les bras.
— Je ne me sens pas trop d'auditer les mathématiques avancées, déclare platement le grand brun, puisqu'il a réponse à cette question, lui.
— Pourquoi pas ? T'es bon en Maths, se permet de s'étonner le tatoué.
— Jack, Caesar se contente de prononcer son prénom en fermant les yeux, encore la meilleure façon de mettre un terme à ses digressions.
Voilà deux semaines que Setsuko est partie. Elle n'a pas repris contact directement, mais il a tout de même eu des nouvelles, par l'intermédiaire du Docteur Conway. Elle va bien. Quant à lui, il digère toujours ce qu'elle lui a dit au moment de son départ. Et s'il apprécie que son camarade lui ait un peu fichu la paix pendant son temps d'assimilation, il se doute bien que sa distance n'avait en réalité rien à voir avec ça. Ce n'est pas non plus la conclusion des recherches d'une solution pour Caroline et Robert qui lui permet de se rendre soudain à nouveau disponible. Non, il y a forcément autre chose qui l'amène. Mais bien qu'il ne soit pas particulièrement pressé de savoir, Caesar préférerait obtenir une explication sans artefacts théâtraux. Il n'a pas la patience. Pas aujourd'hui.
— Je savais que la majeure partie de la bande allait être ici aujourd'hui. Et j'ai un truc à leur soumettre, s'explique rapidement Jack, comme las d'avoir à le faire.
Parfois, Caes est un véritable rabat-joie. La mise en scène compte bien pour 50 % du divertissement qu'il peut tirer de toute activité. Mais sans doute l'approche plus raisonnable du grand brun permet-elle un gain de temps significatif, dans certains cas.
— Tu sais très bien pourquoi ils sont réunis, et donc qu'ils sont plutôt occupés, le grand adolescent toujours en travers de l'entrée de sa maison oppose calmement à cette idée.
— Occupés à faire quoi ? C'est pas comme si ni Daisy ni Markus allait avoir une ouverture avant le déjeuner… proteste Jack.
Pour être honnête, lorsque le rassemblement a été planifié, il a eu une forte envie de le remettre en question. Monopoliser autant de membres de l'équipe pendant toute une journée, pour une opération qui prendra peut-être deux fois moins de 2 heures, voire moins si les deux fenêtres d'intervention se chevauchent, ça le dépasse. Chacun aurait pu rester à disposition dans son propre coin, à vaquer à d'autres occupations faciles à laisser de côté mais autres tout de même. La présence de certains participants ne lui paraît même pas indispensable. Il a cependant fini par voir son intérêt à ce que tant de monde soit réuni au même endroit au même moment.
— Jack… réitère son meilleur ami, exaspéré par son sans-gêne.
— Fais-moi confiance ; ils vont vouloir entendre ce que j'ai à leur dire, insiste le blondinet.
Il est têtu et éhonté, mais pour qu'il s'obstine alors qu'il constate l'impact sur l'aigreur de son camarade, le seul à jamais trouver grâce à ses yeux, c'est sans doute qu'il a une bonne raison. Il a beau se rendre compte de ça, Caesar n'en est hélas pas de meilleure humeur pour autant.
— Ça peut vraiment pas attendre ? il tente, plus seulement par agacement à l'attitude de Jack mais aussi pour préserver ce qu'il sait se dérouler au salon.
S'ils ont prévu une journée d'attente, sans distraction, c'est qu'ils pensent en avoir besoin. Et si Jack ne fait pas partie des invités, c'est sans doute à dessein également. Il ne pense pas qu'ils l'aient sciemment exclu, mais sa présence n'est en tous cas visiblement pas requise.
— Pourquoi ça devrait ? lui soumet le tatoué au lieu de répondre, un peu comme il a déjà entamé cette conversation en premier lieu.
— Parce qu'autre chose est prévu aujourd'hui ! se répète Caesar, au bord de l'exaspération.
Est-ce que Jack est réellement à ce point habitué à ce que les choses se déroulent toujours comme il le souhaite et pas autrement ? C'est invraisemblable !
— Et ce que j'ai à proposer a à voir avec ça, je t'assure, promet le blondinet, pour mieux faire accepter son initiative.
— Qu'est-ce qui n'est pas en rapport avec ça, de toute manière… grogne l'autre avant d'enfin s'écarter du passage.
Sans laisser le temps à Jack de répliquer, il lui indique du geste que tout le monde se trouve dans le salon, avant de prendre le chemin des escaliers pour retourner dans sa chambre, à un sujet qu'il lui est donné d'aborder sereinement. S'il est arrivé à Markus de se sentir inutile à l'effort collectif, ce n'est presque rien comparé à l'impression qui étreint parfois son cadet. L'aîné est littéralement en train de participer activement à une solution, et ses études lui offrent le tremplin parfait pour continuer à mettre la main à la pâte. Pour le moment, Caesar ne peut pas en dire autant. Le seul pouvoir participatif qu'il a brièvement eu, c'était celui de garder Jack à l'écart, et on connaît le résultat…
L'arrivé à l'improviste regarde son camarade s'éloigner avec une certaine perplexité, mais franchit tout de même le seuil et referme derrière lui. Il aura tout le loisir de gérer les états d'âmes de son ami plus tard. Ce qu'il souhaite présenter est un rien pus pressant. Plus vite il aura obtenu l'approbation de tous les partis concernés, mieux ce sera. Il aurait justement bien aimé avoir l'avis de Caesar également, mais puisqu'il n'est pas d'humeur, il verra ça plus tard. Il est déjà préparé à redonner son argumentaire plusieurs fois, puisque l'effectif n'est de toute manière pas complet aujourd'hui.
Comme annoncé et anticipé, il découvre tout de même le salon très occupé. Alek est assis sur l'un des fauteuils, Gregor debout derrière son épaule droite, ce qui leur donne par inadvertance l'allure d'un parrain de mafia et de son laquais. Dans un autre coin, Jena marche de long en large entre ses deux mentors, chacun adossé à un pan de mur perpendiculaire, derrière le second fauteuil de la pièce à vivre, inoccupé. En face, les Kampbell occupent le canapé, et sont encore ceux qui dégagent le plus de calme dans l'assemblée. Même Strauss, sur le seuil qui sépare le salon de la salle à manger, et uniquement là pour offrir un point de contact Homien autre que Kayle, ne paraît pas tranquille. Tous les regards se tournent vers Jack lorsqu'il apparaît à la porte depuis le couloir.
— Jack ? le père de famille est le seul à vocaliser sa surprise de trouver l'adolescent chez lui.
— Bonjour tout le monde. Si je vous dis que j'ai potentiellement un moyen de légitimer notre situation à tous, est-ce que vous me croyez ? il commence avec audace, son habituel petit sourire joueur aux lèvres.
Aux divers regards et presque prises de parole qui lui répondent, certains par souci de ne pas parler tous en même temps, d'autres parce qu'ils estiment simplement que la vocalisation de leur opinion n'est pas nécessaire, les avis sont partagés. Le visage du seul porteur de lunettes de l'assemblée n'exprime absolument rien, ce qui résume sans doute son total scepticisme. L'homme en chemise en contrebas paraît à la fois curieux et inquiet, tandis que l'extraterrestre à l'autre bout de la pièce ne laisse transparaître que la première de ces deux émotions. Les agents d'intervention semblent méfiants dans l'ensemble, avec presque une pointe d'agacement de la part de la plus concernée par la journée en cours. Les deux pirates sur le canapé s'entre-regardent avec une grimace, pour leur part plus réfractaire à l'intention qu'à la possibilité de la réaliser.
— Pas grave. Je vais vous expliquer, et vous aurez tout loisir de débattre ensuite, conclut Jack de l'impact mitigé de son annonce.
Personne ne tente de l'arrêter comme l'a fait Caesar. D'une part, rien ne sert de lutter contre lui. D'autre part, même si ça ne mène à rien, ce sera peut-être source d'inspiration. Et enfin, Jena serait potentiellement la plus insistante à rester focalisés sur la mission du jour, mais même elle a conscience de l'argument avancé par le blondinet lui-même un peu plus tôt ; ils risquent d'attendre encore longtemps avant que quoi que ce soit ne se passe. Si elle n'aurait pas été capable de se concentrer sur toute autre tâche seule de son côté, peut-être qu'écouter le jeune tatoué sera une distraction suffisante jusqu'au moment où il commencera effectivement à se passer quelque chose.
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