3x01 - Nouvelle ère (17/20) - Potaches
Lorsqu'il aperçoit Ben, assis sur une barrière à proximité de l'une des issues du campus, Caesar sourit. Il se rappelle nettement la façon similaire dont il était appuyé sur sa moto, du temps où c'était autour de Walter Payton qu'il rôdait. Le grand adolescent a appris, depuis, que sa vigilance de l'époque avait permis au Soigneur d'alerter les services de Police, le jour de la prise d'otages. Savoir qu'il occupe une position de surveillance équivalente aujourd'hui le laisse donc en confiance. Et puis, comme tout le monde, il l'aime bien. Aucune quantité de cambouis ni aucun renfort de cuir dans sa tenue vestimentaire ne pourront jamais contrecarrer son aura tout bonnement angélique.
— Bonsoir, Ben, il salue l'extraterrestre une fois qu'il l'a rejoint.
— Hey, Caesar. Jack, lui retourne le mécanicien en quittant son perchoir et lui emboîtant le pas ainsi qu'à son acolyte blond.
Pour toute salutation, le petit génie qui efflanque son meilleur ami se contente d'un hochement de tête. Il est assez fasciné par la réceptivité des Homiens au langage non verbal. À vrai dire, il est fasciné par à peu près tout chez eux. Il a même failli les jalouser, d'abord, car absolument pas accoutumé à trouver son égal, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'ils étaient tout aussi intrigués par lui que lui par eux. Apparemment, ils perçoivent quelque chose chez lui qui les interpelle. C'est cette révélation qui l'a soulagé quant à la conservation de son piédestal et lui a donc permis une pleine coopération avec eux ; peu importe combien il clame ne jamais l'avoir voulu, il y est habitué, depuis le temps.
— Tu te plais sur le campus ? s'enquiert Caesar auprès de leur gardien, estimant qu'après une semaine il a peut-être pu se forger un avis, même s'il n'est pas certain que ce soit son propre cas.
Ben a été désigné pour veiller sur eux car il est celui qui a l'air le plus jeune de tous ses congénères, et qu'il s'est déjà fait remarqué autour de Walter Payton, sans que sa présence ne puisse plus être expliquée aujourd'hui par la fréquentation des lieux par Strauss. Il avait été envisagé de carrément le faire aller en cours avec ses deux protégés, mais sa vitesse d'intervention en cas de problème, sur place comme ailleurs, aurait été grandement réduite. Alors, au lieu de ça, il erre dans le périmètre, à distance égale de leurs deux amphithéâtres lorsqu'ils sont séparés. Par chance, la circulation sur le site est élevée, et il n'a par conséquent pas de mal à se fondre dans la masse, ou en tous cas, à ne pas attirer d'attention problématique.
— J'ai l'impression de recevoir beaucoup moins de regards suspicieux que quand je traînais autour de Walter Payton, mais c'est difficile à confirmer, Ben décrit son expérience, un air un peu perdu sur le visage.
Il ne peut en effet pas affirmer être passé entièrement inaperçu. Mais ça va plus loin que de simplement apparaître dans le champs de vision des gens qu'il croise, ce qui est inévitable puisqu'il n'essaye pas de se cacher. Non, sans que personne ne se soit arrêté sur son chemin pour engager la conversation ou lui faire une remarque, il a bien noté quelques réactions significativement liées à sa présence. Il n'arrive cependant pas à les analyser.
— Oh, ce n'est pas de la suspicion, cette fois, raille Jack avec un haussement de sourcils lourd de sous-entendus, comprenant tout de suite ce qui se passe, lui.
Un bel étalon comme Ben, les étudiantes doivent y être encore plus sensibles que ne l'étaient déjà les lycéennes, et elles sont également beaucoup plus entreprenantes. Le blondinet se demande même comment il ne s'est pas encore fait accoster. Il serait presque curieux de voir le résultat, si ça ne représentait pas des risques qu'ils préféreraient tous ne pas prendre.
— C'est bon à savoir. Merci ! accepte le Soigneur avec enthousiasme, sans comprendre l'allusion.
— Jack. Il a genre… 5 ans, Caesar rappelle à son camarade, lui accordant une tape sur l'épaule du dos de la main.
— Je ne lui ai pas fait un dessin, que je sache, se défend l'interpelé.
Il s'éclaircit ensuite la gorge pour cacher sa satisfaction d'avoir réussi à duper une forme de vie extraterrestre. Il sait que Ben est la cible la plus facile, parce qu'il est le plus jeune, de ce qu'il a compris, mais ça représente tout de même un défi, pour lui. Il se lasse très rapidement des gens, alors découvrir qu'il existe tout une nouvelle population d'individus pour potentiellement le stimuler mentalement a vraiment été une excellente nouvelle pour lui.
— Au fait, bien joué de t'être débarrassé de tous ces gens qui te tournaient autour. Je n'ai rien dit parce qu'ils n'étaient pas une menace, mais je pense quand même que c'est mieux, reprend le mécano, mettant sans le savoir les pieds dans le plat.
— Des gens ? Quels gens ? relève Caesar, perdu.
Il a bien compris que c'est à Jack que Ben vient de s'adresser, mais il ne comprend pas à quoi il fait référence, exactement.
— Juste une horde d'adorateurs et d'admiratrices. Rien que je n'aie pas l'habitude de gérer, s'empresse de répondre le surdoué, avec la désinvolture du menteur jamais désarçonné.
— Depuis quand tu rejettes les avances de qui que ce soit ? Et surtout, comment tu aurais pu faire d'une pierre plusieurs coups ? continue son meilleur ami dans sa surprise.
Il avait noté la présence de plusieurs jeunes femmes intéressées autour de son acolyte, comme une montée en puissance par rapport aux gloussements des lycéennes, donc il ne lui paraît pas illogique que Ben ne les ait pas manquées non plus. Ce qui le laisse en revanche un peu plus perplexe, c'est qu'il n'avait encore vu Jack interagir avec aucune d'entre elles depuis le début de l'année. Pas avant aujourd'hui, en tous cas. Certes, la conclusion de l'échange n'a pas semblé cordiale, tout à l'heure, mais ce n'est pas comme s'il avait pu lui dire de faire passer le mot. Et surtout, pourquoi l'aurait-il fait ?
— Dis tout de suite que je suis un mec facile ! proteste Jack à l'accusation.
Caesar fait la moue. Cette répartie est bien trop à côté de la plaque pour qu'il ne s'agisse pas d'une flagrante tentative de dévier la conversation.
— Tu vas le nier ? pouffe malgré tout le grand brun, irrépressiblement amusé par l'audace de son meilleur ami.
Jack ne s'est trouvé à Water Payton que pendant une seule année scolaire, mais durant cette période, il est à peu près sûr que presque toutes les jeunes filles qui ont osé l'aborder ont obtenu quelque chose de lui. Il ne lui a jamais rien raconté, mais il n'a pas pu comprendre aussi vite qu'il s'était passé quelque chose entre Margery et lui en son absence sans avoir eu un référentiel de son comportement avec ses diverses conquêtes. Il ne dirait pas que c'est un goujat, mais il est indéniable qu'il dispose d'une expérience plus que conséquente sur ce terrain, pour son âge.
— J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? s'inquiète Ben en les voyant ainsi hausser légèrement le ton.
Jack referme la bouche sans avoir eu le temps de répondre, mais ne se formalise pas d'avoir été ainsi coupé dans son élan. À la place, il paraît même curieusement reconnaissant :
— Non. Tu comprendras quand tu seras plus vieux. Peut-être ? On devrait sans doute changer de sujet ; c'est toi qui viens de dire qu'il était trop jeune, le petit blond commence par le rassurer, du mieux qu'il peut, avant de profiter de son angoisse pour soutenir sa propre idée auprès de son pote.
— Tiens, tout à coup, être subtil n'est plus suffisant pour épargner ses chastes oreilles ? raille son camarade.
Jack s'enfonce. Il est de plus en plus évident qu'il veut éviter de parler de son fan club et de la réaction qu'il y a eue. Mais pourquoi ? Sans être de ces gens qui en ont besoin et la recherchent à tout prix, il adore l'attention. Qu'est-ce qu'il pourrait vouloir cacher ? Qu'il a en réalité raté son coup ? Comme si ça pourrait arriver. Même sans conclure, il a le meilleur aplomb du monde.
— Disons que je suis suffisamment occupé ces temps-ci pour ne pas éprouver l'envie de la distraction d'une présence féminine. Et puis en plus, je ne te demande pas de détails sur ce qui s'est passé avec Setsuko, moi, tranche finalement le tatoué, sortant l'artillerie lourde pour arriver à ses fins.
À ce coup bas, Caesar reste interdit, et même bouche bée. Il semblerait que les gants que Jack prenait avec lui depuis qu'il a quitté l'Institut viennent de tomber. Ce n'est pas une mauvaise chose, car même s'il appréciait sa considération pour son rétablissement, encore en cours malgré sa sortie, il ne lui avait pas demandé de les porter. La transition est cependant un peu abrupte.
Toujours à côté d'eux, à avoir suivi l'échange avec de grands yeux alarmés, Ben le dévisage pour s'enquérir en silence de son état. Il le rassure d'un sourire et d'un hochement de tête. Pour que Jack en arrive là, ce n'est pas qu'il joue les difficiles ; il a une raison valable de ne pas souhaiter aborder le sujet. Et puis, au demeurant, la répartie n'est pas imméritée, puisqu'il n'a en effet pas insisté pour obtenir les détails de sa relation avec la Japonaise, ni aujourd'hui ni auparavant. Il aurait pu plus ouvertement admettre ne pas vouloir en discuter, comme il a un jour dit à Caesar préférer l'entendre plutôt qu'un mensonge, mais encore faudrait-il qu'il soit capable de réciprocité, ce qui reste à prouver.
Rassuré sur l'humeur de ses deux protégés attitrés, Ben retrouve son sourire contagieux. Caesar le rejoint plus discrètement, tandis que Jack reste plus fermé, perdu dans ses considérations intérieures. À la vitesse où tournent ses méninges, il aura tôt fait de passer à autre chose, alors son ami ne se fait pas de souci pour lui. Et lorsqu'il sera prêt à s'expliquer, si ça arrive, alors il l'écoutera. Le connaissant, ça ne pourra pas être une histoire ennuyeuse. En attendant, les trois continuent leur route jusque chez les Quanto dans un silence confortable.
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