2x12 - Danse du feu (13/18) - Schisme

Fred attend depuis un bon quart d'heure dans la zone de rendez-vous dont il a été convenu avec Jazz dans la matinée. Elle a accepté un milk-shake d'une communauté d'agriculteurs en visite à la ville pour la fête, puis s'est assise sur un banc dans le parc. Elle a dû changer plusieurs fois d'emplacement, dérangée par des groupes – couples, familles, ou bande d'amis – qui sont venus prendre place à côté d'elle. Elle ne pourra pas échapper à se trouver à proximité de la foule lorsque son Némésis la rejoindra, c'est même tout l'intérêt d'avoir choisi un lieu public, mais tant qu'à faire, elle préférerait maintenir le pirate à l'écart des civils. À l'affût, elle scanne l'assemblée, tantôt à droite, tantôt à gauche.

— Argh ! Punaise, tu surgis tellement de n'importe où que je vais commencer à croire que tu es le fruit de mon imagination, elle doit pourtant s'exclamer malgré sa vigilance.

Elle s'est retournée, et son jumeau était soudain là, assis à côté d'elle, un coude sur le dossier du banc, l'un de ses horripilants fins sourires aux lèvres. En dépit de sa haute taille aujourd'hui, il a après tout grandi dans un milieu particulièrement propice à apprendre à passer inaperçu, et il a visiblement mis cette opportunité à profit. Fier de son effet, qu'il a bien sûr volontairement ménagé, Jazz se décale tout de même d'un demi-centimètre pour lui signifier qu'il lui accorde son espace vital, bien qu'il n'ait en vérité nullement empiété dessus.

— Oui, c'est ça, tu m'as absorbé dans le ventre de notre mère, et c'est ta seconde personnalité cachée qui était Jazz depuis le début, il réplique en époussetant son pantalon avec désinvolture, avant de reporter son attention sur elle.

Elle le dévisage avec consternation. Il ne se détourne pas et ne se déride pas non plus, soutenant son regard sans broncher. Elle se dit qu'il a clairement des problèmes psychiatriques. Ce n'est pas physiquement qu'il est menaçant, c'est quelque chose dans ses yeux qui ne dit rien qui vaille. Il est froid, mécanique, sans âme.

— Nope, tu n'as pas cette chance, je suis bel et bien réel. Tu voulais me voir ? il brise finalement le silence, voyant qu'elle reste sans réponse à sa boutade.

Elle a décidément la dent dure. Et dire que c'est lui qui est parti fâché, lors de leur dernière entrevue. Ça devrait être son tour à elle de faire un effort. Ce n'est pas comme s'il ne faisait jamais de geste. Il a même l'impression de ne faire que ça depuis le début, mais elle a l'art de toujours mal interpréter ses approches. Elle a besoin d'aide…

— En espérant que ce soit la dernière fois, elle grince à ce rappel, croisant les bras.

Elle a lancé l'invitation un peu sur un coup de tête, inspirée autant qu'harassée par tous les messages promotionnels de la journée. Célébrer les acquis lui paraît toujours une perte de temps et d'énergie.

— Est-ce que par hasard tu ne voudrais pas me remercier pour ton dernier coup de filet ? Jasper ose essayer de deviner, ce qui la hérisse instantanément.

— Je te dois rien ! elle éclate, insultée.

— Je viens littéralement de t'aider à empêcher un meurtre. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? il s'offusque, écartant les mains et fronçant les sourcils d'incompréhension.

Il a toujours un œil sur les enquêtes de sa sœur. Travailler avec le professeur Quanto lui a fourni une distraction opportune, lui évitant de tomber dans l'obsession comme il lui arrive parfois en période creuse d'autres activités, mais il ne laisse jamais sa jumelle sans surveillance pour autant. C'est comme ça qu'il a su qu'elle traquait un tueur en série, et a découvert sa théorie sur ses motivations. À partir de là, lui filer un coup de pouce a été un jeu d'enfant.

— Pfff. S'il te plaît ! Si tu es si omnipotent, pourquoi tu n'as pas pris les choses en mains toi-même ? Tu as autant besoin de mon aide que tu penses que j'ai besoin de la tienne. T'es juste trop tordu pour passer par la ligne de tuyaux officielle de la Police, elle rejette sa proclamation avec dédain, autant dans son ton que sur son visage.

— Je ne t'apprends rien en disant que je ne fais pas dans la violence physique. Et il n'y avait pas le temps pour un tuyau anonyme ; d'ici à ce que notre info ait été traitée selon la procédure établie et te soit parvenue, un pauvre sculpteur innocent se serait fait tirer dessus dans sa véranda depuis un bail. Et vu comme tu as traîné des pieds en recevant directement le message, prendre de l'avance ne me paraît pas avoir été une mauvaise idée… il proteste en toute légitimité, irréductible.

— Comment est-ce que tu as pu trouver quoi que ce soit sur Cluedo, d'abord ? elle l'interroge, sa curiosité prenant brièvement le dessus sur son agacement, même si de peu.

— Ta copine Iz n'est pas mauvaise, mais on est quand même beaucoup plus rapides qu'elle. Et moins entravés.

Il reste évasif quant à ses méthodes. Il ne se sent redevable de rien, et donc certainement pas d'une explication détaillée de sa façon de faire. Il lui amène déjà tout tout cuit dans le bec, dans un beau papier cadeau avec un joli nœud ; de quoi se plaint-elle ?

— Comme d'hab, on sonne la cloche, c'est l'andouille qui répond, raille l'inspectrice, périphrasant qu'elle ne lui avait rien demandé et préférerait qu'il se mêle de ses oignons.

Il la croit réellement incapable de résoudre une affaire toute seule ? Il pense vraiment qu'elle n'aurait pas mis les menottes à Betty Knollmann sans sa participation ? Mais pour qui il se prend ?! Il ne peut pas sérieusement penser qu'elle va croire qu'il essaye de lui apporter son aide quand tout ce qu'il fait c'est clairement chercher à l'humilier.

— Ne sois pas comme ça. J'ai entendu dire que les informateurs criminels étaient tendances, dans ton équipe, en plus, il la taquine, imperméable à sa pique aussi vide que gratuite.

Est-ce qu'elle vient vraiment d'autant insulter sa collègue profileuse que lui, d'ailleurs ? N'y a-t-il sincèrement personne qui trouve grâce à ses yeux ?

— Oh, la ferme ! elle l'admoneste.

Excédée par son aplomb, elle prend son visage dans ses mains. Après leurs précédentes entrevues, et toutes leurs interactions en ligne depuis des années, même en différé, elle avait essayé de se préparer mentalement à lui faire à nouveau face, mais c'était peine perdue. Il est tout simplement ingérable.

— Ça se passe bien, à ce que je vois, une voix féminine lui fait relever la tête.

Une jeune femme d'ascendance africaine, sa glorieuse chevelure noire et bouclée entourant son visage jusqu'à frôler ses épaules, se tient debout devant son interlocuteur. Elle a deux grandes tasses entre les mains, d'où dépasse une généreuse dose de crème chantilly. Bien que son regard soit braqué sur Fred, c'est à Jazz, qu'elle tend l'une des deux boissons. Une fois qu'il s'en est saisi, elle retourne sa main libre dans la poche correspondante de son blouson de cuir, sans changer de point focal.

— Qui c'est, ça ? s'exclame l'inspectrice, perturbée de l'intervention.

— Ta belle-sœur, déclare simplement Jazz, savourant la surprise presqu'autant que le sucre sur le bout de sa langue.

— … Toi et… Anubis… êtes mariés ?

Fred tombe des nues en recollant les morceaux. Elle ne peut pas s'imaginer qui d'autre traînerait aux côtés de Jazz que l'infâme Anubis. Cependant, il y a quelques semaines, elle pensait encore que la personne se cachant derrière le pseudonyme du dieu égyptien était un homme. Et même à ce moment-là, elle n'était pas près de s'imaginer une relation particulièrement personnelle entre les deux acolytes. Elle les savait travailler souvent ensemble, mais sans plus. Elle a du mal à prêter des vies normales à des criminels.

— La vache, je savais qu'elle était lente, mais le voir en vrai c'est autre chose, pouffe Ann, écarquillant les yeux avant de s'asseoir à côté de son mari.

— Rentre les griffes, tu veux ? il lui souffle, passant son bras autour de son épaule pour la pacifier.

Elle a insisté pour venir, ce serait vraiment trop bête que ce soit elle qui fasse tourner la rencontre au vinaigre.

— Être ma belle-sœur est sans doute le plus proche de la légalité que tu seras jamais, lance Fred à la nouvelle venue, venimeuse.

— Tu rêves d'être aussi bonne que moi, rétorque l'autre, se redressant pour la dévisager par-dessus Jazz, stratégiquement placé entre elles.

— Projette pas tes insécurités, lui renvoie Fred.

— Tu peux pas vouloir un truc et ne pas être prête à faire ce qu'il faut pour l'obtenir, lui fait remarquer Anubis.

Selon elle, Fred ferait mieux de suivre ses propres conseils plutôt que de les donner à ceux qui n'en ont pas besoin.

— Mesdames, les crocs aussi, s'il vous plaît ! finit par enfin intervenir Jazz.

Il tend les bras devant lui pour interrompre le champ de vision de chacune de ses voisines. Elles le toisent toutes les deux d'un air plus ou moins mauvais, mais interrompent tout de même leur échange stérile, se renfonçant chacune dans son siège. Il lève des yeux amusés au ciel, les deux femmes de sa vie bras croisés à côté de lui.

— Maintenant que les présentations sont faites : de quoi est-ce que tu voulais parler ? Surtout face à face, il revient à la charge sur les raisons de leur présence aujourd'hui dans ce parc, dont la susceptibilité de sa jumelle les a momentanément écartés.

— Je veux passer un marché, annonce Fred assez bas, sans décroiser les bras ni ramener son regard vers celui qu'elle a pourtant invité à venir.

— Quel genre de marché ? il l'incite à poursuivre.

Il est très calme, ouvert en ce qui le concerne. L'un de ses bras est à nouveau passé autour de sa dulcinée, et l'autre est sur sa cuisse, tenant sa tasse.

— Disons une émancipation, Fred s'efforce de clarifier sa demande, le ton et le regard toujours fuyants.

Les deux pirates à sa gauche sautent aisément à la conclusion qui s'impose. Ils n'ont cependant pas tout à fait la même réaction à cette déduction.

— On colorie en dehors des traits, maintenant ? raille Anubis depuis l'autre côté du banc.

Un sourire narquois étire le coin de ses lèvres alors qu'elle reprend une gorgée de son chocolat viennois. Peut-être qu'elle a effectivement sous-estimé l'inspectrice, qui sait.

— Tu veux détruire notre certificat de naissance ? Le falsifier ? théorise Jasper, de l'alarme dans sa voix.

Il ne sait pas ce qui le heurte le plus : que sa sœur veuille enfin descendre du piédestal sur lequel elle s'est toujours fièrement tenue, ou bien qu'elle le fasse dans l'unique but de se débarrasser de lui.

— Je m'en fiche, du moment que je suis libre de toi, confirme indirectement Fred, relevant enfin le menton, pour darder son regard noir vers lui.

Elle l'aurait giflé qu'il n'aurait pas eu un tel mouvement de recul. Il a l'air si choqué et blessé. Sentant sa main se crisper sur son récipient de céramique, il le tend à sa compagne. Il n'a pas un regard pour elle, cependant, ce qui la fait froncer les sourcils. Elle récupère tout de même ce qu'il lui demande de tenir à sa place, mais commence à s'inquiéter. Ce n'est pas bon signe qu'il se débarrasse comme ça d'un objet contondant. Il n'est pas un homme violent, pas par les gestes, et même très rarement par d'autres biais, mais ça ne l'empêche pas d'entrer dans de grandes colères parfois.

— Qu'est-ce que je t'ai jamais demandé ? il interroge sa sœur.

Sa voix est glacée désormais, plus froide encore qu'elle n'estimait son regard au début de leur conversation.

Elle le dévisage avec consternation, comme si sa question pouvait se passer de réponse tant elle lui paraît rhétorique. Il compte vraiment se présenter comme la victime ? Comme si c'était elle qui lui devait quelque chose ?

— Qu'est-ce que je t'avais dit ? C'est un piège. Tout ce qu'elle veut, c'est l'opportunité de t'arrêter. Non pas qu'elle ait une chance d'y arriver, intervient Ann.

Discrètement, elle cherche à laisser le temps à son mari de redescendre dans les tours. Y parvenir en provoquant son interlocutrice n'est qu'un avantage collatéral, pour elle.

— Si quelqu'un devait craindre un piège dans cette situation, ce serait plutôt moi, vu votre réputation, Fred mord à l'hameçon comme une carpe affamée.

— Comme si on avait besoin de ça… continue à la piquer sa belle-sœur, sans quitter son époux du coin de l'œil, qu'elle sent encore raidi contre elle.

— De quoi vous avez peur, dans ce cas ? réplique l'inspectrice, dans une bravade toujours aussi infantile.

— J'aimerais bien une réponse à ma question : qu'est-ce que je t'ai jamais demandé, Freddy ? Jazz revient à la charge, coupant court à la joute orale entre les deux femmes.

Il a bien compris ce qu'a essayé de faire Ann, et il ne lui en veut pas plus qu'il ne la remercie. Il n'a pas besoin de temporiser, il a besoin de comprendre. Il veut savoir pourquoi, après tous ses efforts, et tout ce qu'ils ont traversés ensemble, sa seule famille n'est toujours pas prête à l'accepter. Qu'est-ce qui est si rebutant chez lui pour que sa chair et son sang ne soient pas disposés à lui donner ne serait-ce que le bénéfice du doute, et veuillent à tout prix se débarrasser de lui, au point d'envisager ce qu'ils disent justement abhorrer chez lui ? Il sait qu'elle ne cautionne pas ses méthodes, mais de là à vouloir détruire toute association naturelle entre eux…

— Ne m'appelle pas Freddy ! l'enjoint sa jumelle, sans s'apercevoir de son humeur orageuse.

— J'attends toujours, il réitère sa demande, entre ses dents, aussi serrées que ses poings.

— Tu penses vraiment que je te dois une fleur ? Parce que tu ne m'as jamais rien "demandé" ? Et puis pourquoi tu y tiens tant, à notre lien de parenté, de toute manière ?

Elle tente enfin de saisir l'origine de sa question, qui lui échappe totalement. Il commet des infractions bien plus graves sans doute chaque jour. Elle en a une sacrément longue liste dans ses dossiers. Il ne fait que s'amuser, avec elle. Est-ce que c'est ça, qui le dérange ? L'idée de perdre son moyen de pression sur son jouet ?

— Tout ce que j'ai toujours fait, c'est t'aider. Ton taux de clôture d'affaires est 3 fois supérieur à la moyenne continentale de tes anciens collègues de la brigade Cyber. Tu as même reçu une foutue plaque pour en attester, quand tu es partie de Portland, il met en évidence les bénéfices plus qu'apparents à ce qu'elle l'ait toujours eu de son côté.

— J'ai tout appris toute seule, elle objecte à son insinuation de ne pas être la seule responsable de son succès.

— En suivant ses traces… ajoute Ann, encore une fois pour tempérer la montée de la colère de Jazz.

— Tout ce que j'entends, ce sont des insultes, rétorque Fred, refusant toujours d'accorder quelque crédit que ce soit à son frère dans sa carrière.

— Tu sais quoi ? Tu gagnes, craque finalement Jazz, se levant brusquement.

— Quoi ? les deux femmes autour de lui s'exclament en même temps.

— Ann n'arrête pas de me répéter que tu ne voudras jamais de mon aide, que tu ne me verras jamais que comme un criminel, et il est peut-être temps que je l'écoute. Alors tu gagnes ! Je vais te laisser tranquille. Pas besoin de faire quoi que ce soit à notre acte de naissance, tu peux rester aussi blanche comme neige que tu le souhaites ; je vais prendre mes distances, et tu n'entendras plus jamais parler de moi. Plus de tuyau, plus de filet de sécurité, rien. Tu veux ton indépendance ? Tu l'as, il crache d'une traite furieuse.

Il se détourne ensuite sans laisser à quiconque le temps d'ajouter quoi que ce soit, et s'éloigne au hasard sur les chemins du parc qui s'offrent à lui. Les deux jeunes femmes entre lesquelles il était assis le regardent partir bouche bée, l'une étonnée et l'autre dépitée.

— Bien joué, grogne Ann avec un soupir exaspéré.

Elle sait que c'est elle qui va devoir ramasser les morceaux. Ce n'est pas que ce sera difficile, mais c'est que ça lui fait toujours de la peine de voir Jasper dans des états pareils.

— J'ai eu ce que je voulais, Fred juge bon de se vanter.

En ce qui la concerne, elle est satisfaite de cette issue. Anubis se met à lentement secouer la tête de gauche à droite.

— Oh, chérie… C'est ce que tu crois… Ne viens pas pleurer la prochaine fois que tu es dans le pétrin, face à un mur, ou que tu arrives trop tard sur les lieux d'un crime, elle met en garde sa belle-sœur, condescendante.

— Vous vous pensez vraiment indispensables, huh ? lui demande l'inspectrice, curieuse de savoir jusqu'où va l'illusion de grandeur que le couple semble partager.

— On sera fixés bien assez tôt. Car il va disparaître. Je ne pensais pas qu'il en arriverait là aujourd'hui, mais je le connais, et il va le faire. Et toi, même si tu n'as effectivement pas besoin de lui comme tu le prétends, tu vas t'ennuyer. Et il va te venir des idées stupides. Mais puisque c'est comme ça, je vais profiter qu'on soit enfin seules pour te faire part d'une chose : si jamais tu ne fais seulement que penser à toucher un cheveu sur sa tête, que tu esquisses le moindre mouvement qui pourrait indiquer que tu comptes tomber sur ton épée pour l'entraîner dans ta chute, l'entièreté des hordes des Enfers vont s'abattre sur toi. Tu penses que perdre ton badge et ta réputation pourrait craindre ? Ce sera le cadet de tes soucis. J'ai mis tellement de contingences en place que tu souhaiteras que j'aie eu recours à la violence à la place. Jazz a toujours pris des gants, lorsqu'il s'agit de toi, mais ce ne sera pas mon cas.

La question, qui se voulait provocatrice, n'a fait que donner à Ann l'opportunité de gentiment renchérir sur son précédent avertissement. À vrai dire, elle jubile beaucoup d'enfin pouvoir s'adresser à la sœur de son mari en toute liberté. Comme elle l'a dit, elle ne pensait pas avoir carte blanche sur ce sujet avant encore un certain temps, mais elle n'en attendait pas moins ce moment de pied ferme. S'il dit qu'il ne va plus se soucier d'elle, ce ne sont pas des paroles en l'air de sa part. Il va déléguer tout ce qui va la concerner à partir de maintenant, y compris toute gestion de danger éventuel. Les choses pourraient enfin devenir intéressantes…

— Des menaces. Cool. Original, en plus.

Fred ne se laisse pas démonter par cette description fleurie de ce qui pourrait l'attendre, aussi angoissant soit-il qu'elle ait été déclamée avec une telle placidité.

— Ma pauvre, tu n'as pas idée d'à quel point j'ai envie que tu te jettes dans la gueule du chacal, répond simplement Anubis, fidèle à son pseudonyme, un sourire carnassier au coin des lèvres, avant de se lever à son tour.

— Va te faire voir ! est la meilleure répartie que trouve l'enquêteuse à ce souhait de malheur tordu.

— Oh, on sait toutes les deux qui s'occupe de moi. Bonne fin de journée, Freddy. Et bonne fin de vie, aussi, réplique Ann avec une espièglerie grivoise, suivie d'un adieu sans nostalgie aucune.

Pour toute réponse, Fred lui accorde un geste obscène, qui pousse une mère outrée à cacher les yeux de son jeune enfant et accélérer la marche, non sans secouer la tête avec jugement. L'inspectrice lui offre un sourire d'excuse forcé avant de reprendre une expression sombre. La jolie noire a déjà disparu dans la foule pourtant peu dense, sans doute à la poursuite de son mari. C'est assez frustrant d'avoir été en présence et même à proximité de deux criminels aussi recherchés sans avoir eu la possibilité de faire quoi que ce soit pour mener à leur arrestation. Mais pourtant, Fred ne veut pas se plaindre. Quoi qu'en dise sa belle-sœur, elle a effectivement obtenu ce pour quoi elle avait organisé ce face-à-face. Elle est enfin libérée de l'emprise de son jumeau maléfique. Reste la possibilité qu'il ne tienne pas parole, ce dont elle ne se considère pas à l'abri, mais même s'il fait semblant pendant un temps, ce sera toujours une petite période de tranquillité d'esprit qu'elle s'est achetée aujourd'hui.

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