2x10 - Au ralenti (14/19) - Vieux

Principalement afin d'augmenter les chances d'arriver à intercepter un évadé avant qu'il ait pu atteindre une zone peuplée, les centres de détention sont placés à l'écart des villes. La forte baisse de population provoquée par la Grande Pandémie a permis d'entièrement repenser la distribution de l'espace, la plupart du temps pour le meilleur. Il fallait bien faire ressortir quelque chose de positif d'une telle vague meurtrière, et le principal avantage de la destruction est de pouvoir reconstruire ensuite. Certaines villes complètement abandonnées, à défaut d'habitants, ont ainsi été reconverties, tantôt en site industriel, tantôt en espace de stockage, tantôt en parc d'attraction, … Et si un usage n'a pas pu être trouvé, alors la nature y a été autorisée à reprendre ses droits. Et dans beaucoup de cas, elle n'avait d'ailleurs pas attendu d'en avoir la permission.

Crest Hill comportait déjà une prison avant cette époque, cependant. La seule différence aujourd'hui, c'est que l'endroit est entièrement dédié au centre pénitentiaire. Il y a des points de contrôle sur toutes les routes qui y mènent, et des barrières font le tour du périmètre entre chacun de ces postes. Parfois, des gardes y patrouillent, avec ou sans chien, et parfois des drones, avec ou sans pilote au bout de leur connexion. Il faut être un criminel violent pour être envoyé ici, quelqu'un de certifié dangereux, et jugé comportementalement irrécupérable. Là où une autre époque vous aurait condamné à mort, celle-ci vous enferme dans ce type de complexe sans grand espoir d'en sortir un jour. La peine capitale existe toujours, mais elle est réservée à un degré de danger plus grand encore, des criminels non seulement brutaux mais irrationnels, même en se basant sur une morale viciée.

Perché sur un rocher au sommet d'une petite élévation qui surplombe la cuvette qui a été creusée pour accueillir la prison, Chad n'a que du mépris pour toutes ces mesures de sécurité pourtant conséquentes. Le laboratoire qu'ils ont pris d'assaut il y a presque un mois était mieux protégé que ça, à son avis. Et l'excuse qu'il faut autant empêcher les sorties que les entrées n'est même pas valable, puisque DeinoGene avait également été construit selon ces mêmes contraintes. Mais bon, qui est-il pour se moquer des difficultés que rencontrent les humains à enfermer leurs éléments perturbateurs, quand l'un de ses propres prisonniers n'est pas où il devrait être ?

— Encore là, commente Chuck en arrivant dans le dos de son plus ancien ami.

Il sait que sa venue a été repérée bien avant sa prise de parole. Avoir des yeux dans le dos n'est métaphorique que visuellement, lorsqu'il est question de l'encapuchonné.

— Où d'autre ? répond simplement ce dernier, sans prendre la peine de se retourner.

En équilibre presque sur un pied sur son rocher, les mains pendantes entre ses genoux pliés, il a l'air de défier les lois de la gravité. Un Homien pourrait être un illusionniste très populaire, mais avec les nombreuses époques de persécution dont il a été témoin, le Protecteur sait mieux que de se faire remarquer par les Humains. Il ne s'autorise ce genre de petite folie que lorsqu'il est certain de ne pas pouvoir être aperçu par l'un d'eux. Et qui viendrait le chercher ici ? À part son collègue Diplomate, évidemment.

— Il n'est plus ta responsabilité, lui rappelle le grand blond en costume.

Il suit son regard jusqu'à l'enceinte de la prison, au loin, où Kayle séjourne depuis plusieurs jours déjà. Et chacun de ces jours, Chad s'est posté à cet endroit. À quelques mètres près. Il a d'abord rôdé autour du commissariat tant que son cadet y était encore retenu pour interrogatoire. Ensuite, il a diligemment suivi l'escorte qui l'a conduit à Crest Hill. Et depuis, il surveille son nouveau lieu de résidence avec la vigilance d'un oiseau de proie. À ceci près que ses réflexes sont à peine plus fulgurants et qu'il a surtout une capacité de destruction beaucoup plus élevée que celle d'un rapace.

Chuck l'avait laissé tranquille jusqu'ici, mais il s'est dit qu'une petite visite de courtoisie s'imposait peut-être, ne serait-ce que pour s'assurer de son humeur et ses intentions. Il a déjà perdu l'un de ses compagnons ; il préférerait garder celui qui lui reste.

— Il sera toujours ma responsabilité. La nôtre, rétorque le Protecteur.

Quelqu'un qui ne le connaît pas penserait sûrement son ton aigre de reproches, mais en réalité, il reflète uniquement son attachement à l'ordre établi dans leur société. L'analyse de Strauss était la bonne : les Homiens ne font pas dans les regrets. C'est plus une connaissance de cause de sa part qu'une analyse, d'ailleurs. Ce n'est pas qu'ils sont des créatures exclusivement rationnelles, c'est simplement qu'ils sont capables de l'être en même temps que passionnels. Ils n'ont donc jamais de raison de revenir sur leurs choix. Et s'ils reviennent sur les décisions d'autres, c'est seulement pour les comprendre. Il en faut beaucoup pour que l'un d'eux soit dépassé par ses émotions, et la plupart d'entre eux attesteraient d'ailleurs sans doute que ça ne leur est pas possible. À tort, cependant. Mais ça reste un événement d'une rareté extrême, et surtout à éviter, pour le bien général. Personne n'a jamais envie de repenser à la dernière fois qu'un Homien s'est réellement fâché…

Chad n'est donc pas contrarié de devoir garder un œil sur Kayle. Il n'en aurait pas la légitimité de toute manière, puisque c'est bien lui seul qui s'impose cette routine. Personne ne l'a contraint à rien dans à toute cette histoire, notamment parce que personne n'aurait pu s'il avait fallu. Non, il a accepté de prendre part au retour du prisonnier. Certes, au moment où la décision a été prise, il avait déjà transmis à Ben la part du dissident qu'il avait pris à sa place le jour de son arrestation, mais sa contribution a tout de même été indispensable à la reconstruction de l'enveloppe du maniaque dans un temps raisonnable. Même avec la connaissance du sujet de Chuck, ils avaient besoin de sa prolificité. Et il a choisi de les en faire bénéficier. C'était la chose à faire, en les circonstances, pour épargner le plus d'énergie et de monde possible. Et si d'autres que lui auraient peut-être pu remplir ce rôle, c'était sa place. Parce qu'il s'agissait de Kayle, qu'il connaît depuis sa première venue sur Terre, et avec qui il a toujours été associé. Jusqu'à ce qu'il divague, en tous cas. En conclusion, Chad n'aime pas ce qui se passe, mais il ne le subit pas.

— Tu t'es pourtant lavé les mains de lui il y a longtemps, s'étonne Chuck doucement.

Il est plus au courant que quiconque de la froideur que Chad a réservé à leur ancien Soigneur depuis son passage du proverbial côté obscur. Comme si le décrochage de Kayle n'avait pas été suffisant, ses répercussions sur son Protecteur n'avaient pas été neutres. Se retrouver au milieu de tout ça n'avait pas été une partie de plaisir pour le Diplomate.

— Au contraire, est bien obligé d'admettre son collègue pour le corriger.

La protestation fait sourire Chuck. À défaut d'une meilleure comparaison, les Protecteurs sont un peu les guerriers du peuple Homien, autant qu'on puisse appliquer les termes de guerriers et de peuple à leur forme de vie. Les Diplomates et les Soigneurs ont un investissement auprès des populations locales, ils y voient un intérêt. Leurs Protecteurs, eux, ne sont là que pour assurer leurs arrières. Les bienfaits qu'ils peuvent trouver à la planète sont toujours secondaires ; les leurs passent avant tout. Malgré leur caractère résolu et quoi qu'ils en disent, ils sont donc paradoxalement les plus attachés.

— Il va bien se tenir, le rassure le grand blond, défaisant un bouton de sa veste afin de pouvoir s'asseoir.

Les vêtements d'un Homien font d'une certaine façon un peu partie de lui. C'est lui-même qui les génère, un peu à la manière dont un escargot secrète sa coquille. Même un vêtement prêté, ils se l'approprient. Ils n'ont donc tendance à les retirer que lorsque les apparences l'exigent absolument. En sachant ça, le parfait ajustement de ses costumes à Chuck ne paraît plus aussi époustouflant ; il part avec un avantage déloyal.

— Est-ce que c'est la part de lui que tu as prise, qui te fait dire ça ? interroge Chad.

Haussant un sourcil curieux, il tourne enfin la tête vers celui à qui il s'adresse, bien que sans quitter sa posture en équilibre aux allures précaires. Comme tous ses autres congénères à un degré ou un autre, il frissonne à l'idée de ce qu'ils ont infligé à Kayle. Pour toute sa rancœur à son égard, il ne méritait pas ça. Il ne souhaiterait ça à personne. S'il préférerait qu'il soit retourné au néant d'où ils l'ont tiré, ce n'est pas uniquement pour qu'il n'ait aucun risque de nuire.

— Tout ce que je lui ai laissé, plutôt, répond Chuck avec un sourire énigmatique, son regard montant vers un ciel dont le bleu se dispute avec celui de ses yeux.

Il est sans doute celui qui s'en sort à meilleur compte, c'est vrai. C'est lui qui a commis cette atrocité, mais en conséquence, c'est aussi lui qui a les moyens d'y remédier, un jour, peut-être. Et il a un souvenir de Kayle avec lui en permanence. Il est d'ailleurs sans cesse choqué de l'innocence de ce qu'il a dû lui retirer pour entraver ses pulsions meurtrières. Mais ça lui permet également de ne jamais oublier que le reste du troisième membre de leur trio est tout aussi pur. Il y a des paradigmes dans lesquels deux positifs peuvent faire un négatif.

— On ne peut pas le laisser là-bas encore bien longtemps, déclare Chad, pour en revenir à des considérations plus terre à terre.

En dépit de tout l'engagement qu'il ressent encore vis-à-vis de leur collège, et l'horreur à l'encontre de ce qu'ils lui ont fait subir, il est toujours incapable de lui pardonner ses transgressions tout de même. Il ne partage pas l'opinion de Chuck selon laquelle ses actions peuvent être justifiables lorsque prises dans un contexte bien particulier, et il n'a pas envie d'à nouveau entrer dans ce débat avec le Diplomate. Alors, il en revient à ce sur quoi ils peuvent encore être d'accord.

— Ce n'est que justice, défend calmement l'ambassadeur.

— La satisfaction des Terriens n'est pas notre priorité ! Ni leur survie, d'ailleurs. Nous l'avons arrêté pour qu'il ne nous expose pas, et maintenant il est consigné à un endroit où le risque de justement se faire repérer est permanent. Il y est resté suffisamment longtemps pour nous couvrir ; il est grand temps de l'extraire avant qu'il ne renverse la tendance, argumente l'encapuchonné en faveur de son jugement.

La seule raison pour laquelle il a accédé au stratagème de son ex-Soigneur en premier lieu, c'est qu'il permettait de stabiliser leur situation tout en contentant un maximum de monde. Son arrestation leur a permis de condamner toutes les avenues d'investigation qui auraient pu mener à eux, clore toutes les questions laissées en suspens qui auraient pu les pointer du doigt. Mais maintenant que tout est bien emballé avec un joli petit nœud, il ne souhaite pas pousser leur chance. La chose prudente à faire est de le soustraire à la vue de tous, et ce ne sont pas les moyens de le faire qui manquent.

— Si un seul d'entre nous peut rendre cette situation pérenne, c'est Kayle, lui oppose Chuck sans se départir de son flegme, pas inquiet, en ce qui le concerne.

— Et s'il ne peut pas ? Chad prend le contre-pied de son optimisme, en accord avec son rôle.

C'est exactement pour les situations comme celle-ci que la notion de Protecteur a été instaurée. Un Homien avec pour seul objectif la sécurité et la discrétion des siens. Ceux qui viennent sur Terre pour n'importe quelle autre raison se laissent toujours emporter ou distraire, prennent des risques inutiles à la limite de l'inconsidéré. S'il n'y avait pas quelqu'un de raisonnable pour les encadrer, ils auraient été repérés depuis des siècles et qui sait ce que ça aurait pu donner. Et c'est d'autant plus paradoxal que ce sont eux qui ont conclu l'accord de discrétion avec les Humains en premier lieu !

— Alors tu auras ce que tu as voulu depuis le début, non ? réplique le grand blond.

Il a justement tout confiance en son prétorien pour s'assurer qu'aucun débordement éventuel ne sera laissé au hasard quoi qu'il arrive. Par clémence, il les a laissés tenter le plan A, mais il a toujours eu son plan B en tête comme solution de repli en cas de problème. Il ne s'en est même jamais caché, et leur en a même parlé à chaque étape.

Chad se détourne vers le vide sur sa gauche. Son poste ne consiste pas qu'à encadrer, c'est vrai. Il s'agit aussi parfois de recadrer. Il aimerait ajouter "malheureusement" à cette pensée, mais il n'en a pas la légitimité. Il a toujours fait ce qu'il fallait sans jamais rechigner à la tâche. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il apprécie d'en arriver là, cependant. Andy est beaucoup plus enthousiasme sur ce point, par exemple.

— Tu dis ça comme si ça me faisait plaisir, il rejette la tournure de la phrase, si pas le lien de cause à effet, véridique.

— Non. Mais ça te sécurise, lui concède Chuck, précisant son propos.

La vérité, c'est que ça les rassure tous. Les talents de Homiens comme Chad et Andy sont leur ultime filet de sécurité. Ils font des merveilles. Qu'il s'agisse d'agir rapidement ou sur le long terme, à grande échelle ou avec la plus fine précision, à tête reposée comme sous pression, ils répondent toujours présents. Et ils n'en retirent jamais rien en retour. La satisfaction que leurs congénères soient hors de danger est toujours éphémère, puisqu'ils savent bien qu'ils sont voués à s'y remettre tôt ou tard. Pire, ils passent le plus clair de leur temps à les convaincre qu'ils ont besoin de leur aide en premier lieu.

— Après ça, je rentre, annonce Chad d'un ton solennel, ramenant son regard fin vers la prison au loin.

Il n'a plus envie de lutter. Et s'il n'est plus prêt à tout pour remplir son rôle, alors il ne devrait plus l'endosser. Il compte finir ce qu'il a commencé, mais ne se sent pas en position de prendre de nouvelles responsabilités. Et c'est ce que continuer à occuper son poste exigerait. D'autres Protecteurs vont répondre présent à l'appel pour leurs services. La relève sera toujours assurée. Il ne s'inquiète pas pour ça.

— Hm. Tu ne m'encourages pas à faire en sorte que la situation soit réglée rapidement, répond simplement Chuck avec un sourire triste.

Il sait qu'il ne peut pas aller à l'encontre de la décision de son collègue, mais il est tout de même désireux de lui transmettre à quel point il lui manquera lorsqu'il ne sera plus là. Ils se recroiseront indéniablement sur Home, mais ce ne sera pas pareil. Aucune planète n'est comparable à une autre. Les façons d'interagir diffèrent drastiquement selon les conditions gravitationnelles, atmosphériques, et de rayonnement. Les circonstances affectent les individus et leurs relations, simplement en affectant leur perspective.

— Le temps que ça va prendre n'a pas d'importance. Tu comprends sans doute mieux que beaucoup à quel point… Mais dès que Kayle sera de retour là où il est déjà censé être, et que j'aurai suffisamment de lui pour être sûr que vous ne le ramènerez plus, je quitterai cette planète. Et je ne pense pas que je reviendrai, le Protecteur précise les conditions de son départ, sans se départir de son sérieux.

Ce n'est pas qu'il n'a pas noté le sous-entendu, c'est simplement qu'il ne sait pas comment y répondre. Chuck a déjà dû dire au revoir à beaucoup de Homiens avant lui, y compris ses prédécesseurs dans sa fonction à ses côtés. Certains parce qu'ils avaient choisi de partir comme il s'apprête à le faire, pour rentrer ou pour une autre destination, et d'autres parce qu'ils ont dû être arrêtés comme Kayle l'a déjà été et devrait l'être à nouveau, pour des raisons diverses et variées. Quelle valeur peut bien avoir la nostalgie de quelqu'un qui a déjà tant de fantômes ? Non pas que la nostalgie de n'importe lequel d'entre eux soit pertinente, puisqu'ils ignorent la notion de finalité.

— Ne lui laisse surtout pas entendre qu'on a réussi à te mettre à la retraite, sinon il ne te laissera jamais l'oublier, le met gentiment en garde le grand blond.

Il ne se vexe pas de la gravité de la réponse qui vient de lui être donnée. Il ne peut pas avoir passé tout ce temps avec Chad et ne pas être habitué à son caractère dur et froid. Au contraire, le voir l'illustrer est plaisant. Il y a quelque chose de rassurant qu'il reste fidèle à lui-même. Il n'y a rien de mal au changement, il est même inévitable, mais un peu de stabilité est salutaire après toutes les perturbations qu'ils ont subies ces derniers mois. À leur échelle, c'est une période particulièrement courte, ce qui signifie certes qu'ils n'auront à terme souvenir que d'une anomalie passagère. Mais leur brièveté confère par ailleurs une certaine intensité à leurs récentes mésaventures.

— Ou peut-être qu'au contraire, ça lui coupera enfin le sifflet… propose l'encapuchonné comme scénario alternatif, se déridant un peu maintenant qu'il est satisfait que son collègue ne semble pas vouloir faire de réelle tentative pour contrarier ses plans.

À ses mots, les deux extraterrestres se tournent l'un vers l'autre au même moment, aussi intrigué par l'idée l'un que l'autre. Le temps qu'il leur reste avec Kayle est effectivement sans doute limité, et n'est pas vraiment en sa compagnie entière, mais il serait néanmoins intéressant d'arriver à le laisser sans voix au moins une fois avant son exécution. En souvenir du bon vieux temps, peu importe combien Chad a nié l'existence d'une telle ère devant leur jeune équipier, lorsqu'ils parcouraient la cambrousse sur les traces de Maena.

Les deux anciens restent encore un long moment côte à côte en silence, à considérer l'époque où Kayle était plus jeune. Ils se souviennent de ses incessantes questions à son arrivée, puis de ses interminables commentaires, jusqu'à ce qu'il en arrive à simplement leur rebattre les oreilles de ses histoires auxquelles ils n'auraient pas assisté. Et aussi de certaines pour lesquelles ils étaient pourtant présents. Ils n'ont pas oublié non plus son émerveillement et ses talents, sa fascination et sa brutale empathie. Il était vraiment quelque chose. Et pourtant, ils ont dû et vont sûrement devoir encore le réduire à néant.

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