2x09 - Plein phare (9/19) - Grand bain

Le soir du Bal de Promo, en rentrant à Lakeshore après tous les rebondissements qu'il avait rencontrés, Caesar était allé se coucher sans demander son reste. Il avait initialement pensé au moins passer dire bonsoir à Setsuko, ne serait-ce que pour la remercier encore une fois de l'avoir accompagné en début de journée, peut-être même lui faire un premier bilan de son expérience, mais il n'en avait plus eu la force le moment venu. Il était mentalement et émotionnellement épuisé. Tout ce qu'il souhaitait, c'est regagner son lit le plus vite possible, pressentant que s'endormir n'allait sans doute pas être facile.

Après s'être effectivement tourné et retourné entre ses draps pendant un long moment, il avait fini par sombrer dans une inconscience bienvenue même si hélas quelque peu superficielle. Si superficielle en fait qu'il avait suffi d'un simple courant d'air pour le réveiller quelques heures plus tard. L'adolescent s'était redressé sur un bras pour aviser sa fenêtre ouverte, plissant les yeux alors qu'il se demandait s'il l'avait laissée dans cette position la veille. Incapable de s'en souvenir même si étreint d'un fort doute, il avait alors regardé l'heure sur sa table de chevet : 3h14. Est-ce que c'était vraiment le moment de s'interroger, ou bien ne ferait-il pas mieux d'essayer de regagner les bras de Morphée ?

Décidant d'aller chercher un verre d'eau pour l'aider à entreprendre la seconde alternative, il s'était redressé un peu plus. Il avait cependant immédiatement interrompu son geste de se lever en découvrant qu'il y avait quelqu'un d'autre avec lui dans sa chambre. Une silhouette, réduite à une ombre, se tenait debout, adossée à l'autre bout de la pièce. Se sachant remarqué, l'inconnu avait alors fait un pas pour entrer dans la lumière apportée par un rayon de Lune et laisser l'adolescent distinguer ses traits.

— Vous ?! Qu'est-ce que vous faites dans ma chambre ? s'était exclamé Caesar en reconnaissant nul autre que le rôdeur de Walter Payton.

Bien que participant à sa rédaction, il n'a jamais été un avide lecteur du Paw Print. Néanmoins, sa sœur avait évoqué l'obsession de sa meilleure amie pour cet individu et d'autres à de trop nombreuses reprises pour qu'il ne soit pas au courant de son existence tout comme de sa description.

— Bonsoir. Je m'appelle Chad, l'impromptu visiteur avait commencé par se présenter en bonne et due forme.

— Super. Et qu'est-ce que vous me voulez ? avait continué de l'admonester le jeune homme.

Il était curieusement impassible à la présence d'un intrus au pied de son lit. Il faut dire aussi qu'à ce stade il n'était pas encore entièrement certain de ne pas être en train de rêver.

— Sortir ta sœur d'où elle était a requis des moyens au-delà du conventionnel, avait commencé l'encapuchonné, cherchant à donner du contexte à ce qu'il était venu dire.

Caesar avait cillé, se demandant ce que l'individu en face de lui pouvait bien savoir au sujet de sa sœur. Mais en même temps, quelles étaient les chances pour que quoi que ce soit d'inhabituel ou inattendu qui lui arrive pour encore un certain temps ait à voir avec autre chose que sa sœur ? Il ne peut pas cumuler les intrigues à lui seul. D'une part ça, deviendrait vite intenable, et d'autre part, sa vie n'est pas suffisamment intéressante pour ça.

— Je l'ai compris à l'absence des forces de Police et la présence du type qui l'a prise. Qu'est-ce que ça a à voir avec vous ? l'adolescent avait poursuivi sa ligne de questionnement, placide.

Autant qu'il sache pour le moment, Chad était juste un type qui traîne autour de leur lycée. Il avait été suspect une seconde, suite à la prise d'otage, mais rapidement innocenté par sa manifestation lors de l'appel à témoins. Qu'est-ce qui pouvait bien le connecter à l'enlèvement de Mae, donc ? Est-ce qu'il en aurait été témoin, justement ? Ou bien est-ce qu'il aurait carrément été dans le coup ? Et si oui, dans quel camp ?

Caesar avait eu envie de garder l'esprit ouvert et d'envisager toutes les possibilités, bonnes comme mauvaises, mais ses puissants instincts avaient eu raison de lui encore plus facilement que d'habitude étant donné son état de fatigue. Il ne se sentait par conséquent pas menacé par Chad. Là où la plupart des gens se seraient arrêtés à la dégaine un brin inquiétante du Protecteur, qui n'inspire pas autant confiance que celle de ses congénères Diplomates, par exemple, Caesar avait sans le savoir capté le peu d'indices qui le désignent comme bienveillant. Il coulait donc de source pour lui qu'il avait aidé et non pas œuvré à l'encontre de sa famille. À ce qu'il avait vu chez lui, son père n'avait clairement pas agi tout seul, et il était peu probable que ses alliés soient limités aux deux mystérieux contacts de Jena qu'il avait entrevus, même accompagnés du troisième individu en présence qui n'en avait pas placé une lors de son passage. Mais la question persistait toujours : pourquoi et comment cet homme qui lui rendait visite maintenant se serait-il trouvé mêlé à cette histoire en premier lieu ?

— Je suis un ami d'un ami. Aussi, tu m'as mis dans l'embarras, aujourd'hui, donc c'est moi qui dois te mettre au courant. Étant donné la façon dont ton cerveau peut fonctionner, et ton retour imminent, il a été jugé préférable qu'on te le dise plutôt que de te laisser devenir fou à essayer de trouver par toi-même, l'alien avait présenté les origines directes de sa présence là ce soir.

Les Homiens n'avaient pas eu le choix. Une fois de plus, la décision de mettre une nouvelle personne dans la boucle s'était imposée. Même s'il n'avait pas été hyper-intuitif, Caesar aurait dû être aveugle et sourd pour ne pas se douter que quelque chose clochait avec leur intervention dans cette histoire, à son retour. Et ils savaient par ailleurs avoir besoin d'intervenir en toute tranquillité auprès de Maena, sans se soucier de regarder par-dessus leur épaule si quelqu'un pourrait être témoin de quelque chose qu'il ne devrait pas. La présence des deux hackers encore dans le noir est déjà suffisamment contraignante comme ça, et pourtant ils sont volontaires dans leur propre ignorance. Le scientifique qui venait d'arriver ne sera pas mis au courant non plus, mais ce n'est pas comme s'il était prévu qu'il soit en contact avec l'extérieur de sitôt. Si un jour.

— Je suis devenu plutôt bon pour deviner certaines choses, avait protesté Caesar presque plus calmement encore qu'il n'avait déjà déclamé ses précédentes remarques.

Jusqu'ici, il était devenu fou parce que justement il avait compris des choses par lui-même, pas parce qu'il se serait vainement escrimé à déterrer des informations. En général, ce sont au contraire étrangement les éléments qui lui font défaut, plutôt que les conclusions qu'il peut en tirer.

— Pas ça, avait insisté Chad dans son besoin d'intervention.

Il avait secoué lentement la tête de gauche à droite, même si avec l'ombre d'un sourire en coin à l'assurance du jeune homme. Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas introduit dans la chambre de quelqu'un au beau milieu de la nuit. Et il ne peut pas dire qu'il l'avait déjà fait dans le but qu'il poursuivait alors. Pour autant, il n'avait jamais vu personne rester aussi stoïque à son apparition nocturne avant ce soir-là. Il fut un temps où il aurait peut-être été vexé par cette réaction, mais en l'occurrence, ça lui avait presque rendu la tâche moins pénible.

— Qu'est-ce que ça pourrait bien vous faire si je devenais cinglé ? lui avait lancé Caesar, plus agacé qu'autre chose, en réalité.

Au point où il en était, tout ce qu'il avait appris il y a quelques heures seulement tournait déjà dans sa tête ; il n'avait pas besoin de plus renseignements, aussi cruciaux soient-ils jugés par qui que ce soit. Enfin, si, dans l'absolu, il en avait besoin, mais il aurait préféré les récupérer ultérieurement, pour laisser à ses méninges le temps de digérer tout le grain à moudre qui leur avait déjà été donné.

— À moi, rien. Mais je ne suis pas tout seul.

Sentant que marcher sur des œufs ne lui apporterait rien et n'en étant de toute façon pratiquement pas capable, l'extraterrestre s'était montré brutalement honnête. Il n'était pas excessivement enchanté par l'idée d'amener un nouvel Humain dans leur cercle de confidents. S'il n'avait pas été celui à si bêtement échoué à remarquer que le Quanto qui était entré plus tôt dans la soirée ne faisait pas partie de ceux qu'il savait déjà dans le secret, il n'aurait d'ailleurs jamais pu être convaincu de s'en charger lui-même. Mais il assume toujours ses erreurs, pour le peu de fois où il en fait.

— Et c'est quoi, que vous devez me dire ? avait donc fini par céder Caesar.

Il avait pris le pont de son nez entre ses doigts, pour se préparer mentalement à recevoir une nouvelle source de migraine.

— J'ai cru comprendre que tu avais déjà rencontré Andy, Ben, et Strauss.

Bien qu'il l'ait prononcée sur le ton de la déclaration, par cette phrase, Chad avait cherché à s'assurer du socle d'éléments connus sur lesquels il allait pouvoir s'appuyer dans son explication.

— Strauss ? Le prof de Maths ? avait replacé l'adolescent sans difficulté même si avec une grande perplexité.

Il avait grimacé d'incompréhension. Le nom était connecté à sa sœur dans son esprit, c'est vrai. Mais pour des raisons évidentes, rien de suspect ou funeste.

— Il a été placé à Walter Payton pour enquêter sur les crimes de l'un des nôtres, l'encapuchonné avait élaboré son introduction.

Aller de point en point dans ses révélations plutôt que de tout annoncer d'un bloc lui avait paru une sage décision.

— Vous parlez comme si vous étiez une secte, lui avait fait remarquer Caesar.

Ce n'était pas en signe de protestation à sa méthode du compte-gouttes en elle-même, mais il était demandeur de détails malgré tout.

— Pas une secte, une forme de vie, l'avait simplement corrigé Chad, sans oser s'avancer à plus grands pas que ça encore.

— Une forme de vie. D'accord.

Trop ensommeillé, l'adolescent n'avait pas su saisir le sous-entendu.

— On va faire simple : tu es un Terrien, et nous sommes des Homiens. Tu viens de la planète Terre, et nous, on vient de la planète Home, avait fini par accepter de s'arracher le Protecteur.

Cette déclaration allait à l'encontre de ses principes les plus fondamentaux de défendre le secret de leur présence à tout prix. Il ne devait sa conservation de sa contenance qu'au fait que le reste des Quanto aient déjà accumulé un petit capital de confiance, et Caesar lui-même lui semble raisonnable.

— Planète, avait simplement répété le grand brun.

Il avait cligné plusieurs fois, en essayant de déterminer quel autre mot aurait pu être prononcé pour qu'il comprenne celui-ci. Avoir été réveillé au milieu de la nuit ne l'avait décidément pas aidé à réfléchir. Ça avait laissé plus de quartier libre à sa condition, mais toute la démarche de réflexion qu'il était supposé faire sciemment avait en revanche été gravement entravée.

— Oui, planète. Et cette information est un secret usuellement extrêmement bien gardé, pour lequel des gens sont morts. Mais par un concours de circonstances très particulières, ta sœur l'a découvert sans qu'on soit en position de le lui faire oublier. Et quand il lui est arrivé malheur et que pour tous les moyens rassemblés personne ne semblait en mesure de lui venir en aide, on a décidé de s'en mêler. Contre mon jugement, mais j'étais une minorité, avait alors déballé Chad, rattrapé par son aigreur maintenant que sa mission était accomplie.

Une fois de plus, Caesar avait cligné des yeux à plusieurs reprises avant de répondre, raccrochant lentement mais sûrement les morceaux. C'était donc ça, que sa frangine dissimulait avant son internement. Des extraterrestres. Elle avait été d'un calme impressionnant, alors, car il n'aurait jamais soupçonné un secret aussi farfelu. Il était plutôt de l'avis qu'elle avait un béguin clandestin ou une autre manigance de ce genre-là.

En ce qui concerne le trio de colocataires, il avait eu du mal à être surpris. Ils ont toujours été bizarres, chacun à leur façon à chaque fois qu'il les a croisés. L'écriture et la posture parfaite de l'enseignant, la façon de parler et de se mouvoir du motard, et cette impression qu'Andy n'est pas supposée être blonde… Certes, même s'ils avaient fait partie des mystères qu'il s'était évertué à élucider pendant son mutisme d'une trentaine de jours, il n'aurait jamais donné l'explication qu'ils venaient d'Ailleurs avec un grand A. Mais maintenant que ça lui était présenté, c'était à la fois trop absurde et trop adapté aux faits pour ne pas être vrai.

— Vous êtes sérieux ?! il avait tout de même fini par lâcher, après ce long moment de réflexion, se passant les mains sur le visage dans une vaine tentative de diminuer sa fatigue.

Non seulement il était à présent certain de ne pas être en train de rêver, mais il était également presque sûr qu'il allait avoir un mal de chien à se rendormir. Il allait lui falloir plus qu'un simple verre d'eau, en tous cas.

— Si je devais faire de l'humour, j'ose espérer que mes blagues seraient suffisamment efficaces pour provoquer une hilarité instantanée, s'était presque offusqué Chad de la remarque, regardant au dehors par la fenêtre toujours entrouverte.

Il ne semblait pas saisir que considérer la plaisanterie comme un objectif à atteindre était justement ce qui le rendait si austère, mais ce n'était pas le moment de le lui faire remarquer.

— Oh non, je vous crois. Honnêtement, tout ce que vous venez de me dire ne me surprend presque pas. Je suis plus à ça près. Il y a toujours eu quelque chose de louche chez ces trois-là. Et chez vous aussi, sans vouloir vous vexer. Non, si je vous demande si vous êtes sérieux c'est parce que vous venez m'annoncer ça à 3h du mat' ! Caesar avait corrigé sa méprise sur l'interprétation de son exclamation, désignant l'horloge murale de sa main tendue.

Ça avait été un peu difficile de projeter une certaine autorité tout en étant toujours assis dans son lit, sous sa couette, en pyjamas, mais il avait fait de son mieux pour convenablement transmettre sa contrariété.

— Je pouvais difficilement entrer ici en pleine journée, s'était platement justifié son visiteur nocturne, pragmatique.

Caesar avait préféré ne pas s'attarder sur l'idée qu'un homme adulte, ou en tous cas son équivalent en termes de corpulence, avait réussi à se glisser par l'entrebâillement de sa fenêtre. Ces considérations techniques seraient clairement pour une autre fois, avec la raison de leur ressemblance de ces fameux Homiens aux Terriens, comment ils ont atterri ici, et qu'est-ce qui les différencie exactement. Pour l'heure, justement, il avait atteint saturation.

— Vous n'auriez pas pu me laisser au moins un jour pour assimiler le fait que ma sœur a été kidnappée, déjà, puis qu'elle a été soumise à des expériences par un labo clandestin que mon père a énervé pour des raisons encore obscures, et qu'on a réussi à la ramener à la maison mais, oh, on ne peut rien dire à personne, parce que sinon elle pourrait être euthanasiée ? Vraiment !?

Il avait condensé tout ce qui lui était tombé dessus en peu de temps, tentant du mieux qu'il pouvait de refléter l'énorme poids de ces révélations en marquant l'accent sur les mots les plus percutants comme kidnappée, expériences, et euthanasiée.

— Par principe, on ne laisse pas un humain divulguer notre secret. Ou ne serait-ce que le mettre en péril même sans le savoir. Or, notre intervention est partie intégrante de la situation dans laquelle se trouve ta famille. Nous avons donc jugé préférable pour tout le monde de t'inclure dans la confidence le plus tôt possible afin d'éviter toute confusion et complication lorsqu'ils devront inévitablement te mettre à niveau, mais aussi pour t'éviter à toi d'impliquer qui que ce soit d'autre par inadvertance, avait posément rétorqué Chad.

Il n'avait pas pris ombrage de l'aigreur de l'adolescent. Elle était somme toute compréhensible. L'idée d'une visite le lendemain soir avait été soulevée parmi les Homiens, par considération pour le choc déjà subi par le jeune homme, justement. Mais le risque qu'il partage ce qu'il estimait être un secret familial avec quelqu'un à l'Institut, se pensant protégé par le contexte, avait été jugé trop élevé. Même sans le vouloir, il aurait pu amener des questions auxquelles il n'aurait jamais pu répondre par la suite et ainsi créer de la curiosité là où elle n'a pas lieu d'être.

Devant un argumentaire aussi cohérent, Caesar n'avait plus rien trouvé à objecter. De toute manière, c'était trop tard, le mal était fait : il avait l'info.

— Juste par curiosité, avant que vous me laissiez enfin me rendormir ou en tous cas essayer : comment est-ce que vous pouvez empêcher quelqu'un de divulguer votre secret à votre place ? il avait tout de même osé relever.

Il pressentait qu'il n'aurait sans doute plus jamais l'occasion ni l'inconscience de poser cette question.

— Eh bien, la mort, avait répondu Chad en toute concision, sans émotion ni dans son regard ni dans sa voix.

Caesar n'est pas très sûr de comment il a fait pour retrouver le sommeil ce soir-là. Ni de quand son visiteur est reparti exactement. Il ne s'est même pas interrogé sur le comment, puisqu'il ne sait toujours pas par quel moyen il est entré en premier lieu. Il s'est en tous cas repassé la rencontre de nombreuses fois, ce Dimanche-là, et jusqu'à ce que la visite de son père le lendemain lui confirme qu'il n'avait pas halluciné. Encore aujourd'hui, plus d'une semaine plus tard, alors qu'il sait que son retour à la maison est imminent, la conversation le travaille. Il va se retrouver plongé en plein dans tout ça une fois chez lui, et il ne sait pas trop comment il est supposé s'y préparer. C'est une chose d'être au courant de la présence de vie sur une autre planète, une autre d'en discuter avec quelqu'un, et une autre encore d'avoir des spécimens sous les yeux. En plus, si c'est sans doute la plus incroyable des nouveautés auxquelles il va devoir se faire, c'est loin d'être la seule.

— Caesar ? la voix du Docteur Conway, ainsi que sa main près de son épaule, tirent l'adolescent de ses pensées.

Il relève la tête sans répondre, dévisageant simplement l'adulte en blouse blanche près de lui. Il sait ce qu'elle vient lui annoncer, et il ne sait pas comment faire semblant d'être surpris autrement qu'en gardant le silence. Le mutisme est une réaction habituelle pour lui, après tout. Et si vraiment elle devait s'interroger sur son étrange quiétude, il pourra toujours prétendre avoir perçu quelque chose d'inhabituel dans sa voix ou sur son visage.

— Tu as un visiteur. Je sais que ce n'était plus prévu, et ce n'est même pas l'heure, mais je pense que tu devrais venir, ajoute le médecin avec un sourire calme qui cache à peine que tout va bien et que c'est une bonne nouvelle qui l'attend.

— D'accord, il répond simplement.

Il se lève de sa chaise et abandonne là son repas qu'il a à peine touché de toute manière, tout à ses pensées. Son avantage dans cette histoire, c'est qu'il a une bonne excuse pour être déjà bouleversé même avant qu'on vienne lui annoncer la fausse nouvelle. Avoir découvert l'enlèvement de sa sœur comme il l'a fait suffirait à déstabiliser n'importe qui pour bien plus d'une semaine, même sans y ajouter tout ce qu'il a appris d'autre ce soir-là.

Assise à quelques tables de là, Setsuko le suit des yeux alors qu'il passe en compagnie de son mentor. Elle dissimule pour sa part à la perfection ce qui peut bien être en train de lui traverser l'esprit. Les autres pensionnaires lèvent la tête mais seulement brièvement, moins intéressés. Caesar s'efforce de ne pas soutenir trop longuement le regard de la Japonaise, de peur qu'elle puisse y lire quelque chose d'anormal. Ce qu'il ignore encore, c'est qu'il se donne du mal pour rien : pour tous ses efforts, elle n'a jamais vraiment réussi à l'interpréter à son insu de toute manière.

Scène suivante >

Commentaires