Neuvième Jour - Semper Fidelis (4/8)
À peine sommes-nous réapparus qu'Oscar éternue. Elle reçoit évidemment un nouveau regard en biais de la part de la Botaniste, et m'appelle au secours des yeux. Je ne peux que hausser lentement les épaules, essayant d'envoyer le plus clairement possible le message que la petite brune est comme ça tout le temps, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Oz semble comprendre, mais décide tout de même de se déplacer de ma gauche jusqu'à ma droite, mettant le plus de distance possible entre elle et Viky. Je souris en secouant la tête, et reçoit un coup de coude dans les côtes en guise de récompense. Avec talent, c'est visé pile là où je me suis fait transpercer, mais je ne le remarque que parce que, apparemment, je suis plus chatouilleux à cet endroit que je ne l'étais avant. Mon organisme n'est pas toujours logique. Il l'est parfois, mais pas toujours.
Nous nous trouvons dans un lieu entièrement blanc, du sol au plafond. Le seul élément qu'on peut distinguer dans le paysage est une grande, que dis-je, une gigantesque porte. Taillée dans un bois sombre, ses gonds et ses poignées sont de fer forgé. C'est imposant, sans compter qu'en plus, techniquement, ce n'est rien de moins que la porte du Paradis. Bon, quand on sait que c'est loin d'être la seule, ça enlève un peu de son charme à l'expression, mais ça reste un concept assez percutant. Ses ailes sorties mais sagement repliées dans son dos, Vik nous guide sans un mot jusqu'au portail, sur lequel elle vient frapper, sans rythme ou nombre de coups particulier, autant que je puisse en juger. Après un instant, une petite trappe rectangulaire s'ouvre dans le bois pourtant au premier abord d'un seul tenant, puis se referme presque aussitôt, là aussi sans qu'un mot ne soit échangé. Je remarque pourtant que la Botaniste détourne le regard, comme gênée.
Bientôt, la personne ayant ouvert la petite trappe, je suppose, ouvre sans effort les deux battants de la porte et apparaît. Vêtu de manière similaire aux Jardiniers que j'ai combattus ce matin, tout encapuchonné, l'homme s'avance jusqu'au seuil, sur lequel il s'arrête très exactement. Sa silhouette est assez frêle, mais il se tient bien droit. À la façon dont sa cape retombe trop bas sur son visage, et me remémorant les dires de Viky au sujet des Jardiniers, je devine qu'il est probablement défiguré. Il est rare de conserver une difformité ou un handicap dans sa mort, à moins d'être puni, il est donc fort possible qu'il ne soit dissimulé que pour le bénéfice des visiteurs, qu'il ne voudrait pas déranger par son aspect, aussi à l'aise avec puisse-t-il être lui-même. En tous cas, son aura apaisée est très rafraîchissante. Je ne crois pas en avoir jamais rencontrée une semblable, mais c'est certainement normal, étant donné que j'ai généralement affaire à des dérivés en détresse et/ou en colère.
— Le retour de la fille prodigue, accueille le portier d'une voix tranquille.
Malgré la teneur de ses propos, qu'on pourrait croire ironiques, sa voix est emplie de ce qu'on ne peut interpréter que comme de la révérence.
— La ferme, Peter, lui rétorque Vik, aimable.
Suis-je le seul à noter l'ironie que ce soit un dénommé Peter qui soit venu nous ouvrir ? À bien y repenser, c'est certainement fait exprès, pour peu qu'on ne l'ait pas carrément renommé par rapport à sa fonction.
Les épaules de Peter se secouent un instant sous l'effet de son rire silencieux, puis il s'incline, respectueux de sa supérieure, après quoi il s'écarte du chemin (même s'il ne pouvait pas réellement l'obstruer à lui tout seul) et nous invite du geste à entrer. Oscar attrape mon poignet, visiblement mise mal à l'aise par cet endroit dont on ne distingue pas les limites. Que ce soit parce qu'elle n'apprécie pas sa propre vulnérabilité ou parce qu'elle est trop occupée à regarder tout autour d'elle d'un air légèrement apeuré, elle refuse de croiser mon regard, alors je me contente de prendre sa main dans la mienne, me voulant rassurant. Vik ouvre la voie, suivie de peu par LeX. Dwight et Hannibal ferment la marche en entrant derrière Oz et moi. La lourde porte se referme derrière les talons de l'ange sans émettre un seul son, et nous pourrions aussi bien être passés de l'autre côté d'un miroir tellement le décor est tout à fait le même, autant qu'on puisse le voir.
Au moment où je me rends compte que Peter nous a faussé compagnie, des bruits de pas rompent le silence, et un nouveau Jardinier fait son entrée. C'est seulement parce qu'il se situe à un niveau supérieur du nôtre qu'on devine vaguement qu'il doit se trouver en haut d'escaliers. L'absence totale d'ombres, comme si la lumière émanait des surfaces-mêmes, rend les reliefs imperceptibles à la vue, puisque tout est d'un même blanc uni. Il doit être particulièrement ardu de se déplacer dans les parages sans se payer tous les obstacles possibles et imaginables. Sans doute les Paradisiaques y voient-ils mieux que les intrus. Il est en tous cas appréciable même si surprenant que la teinte claire des alentours, couleur nuage en fait, n'éblouisse pas pour autant.
Le nouveau venu descend solennellement une partie des marches qui le séparent de nous, s'arrêtant à une petite volée du sol. Conformément au reste de son ordre, lorsqu'ils sont entre eux du moins, il porte une capuche, mais pour une fois celle-ci est rabattue sur ses épaules. De taille moyenne, la peau noire et le crâne pratiquement rasé, l'inconnu nous dévisage tour à tour, s'attardant longuement sur les visages. Il ne sourit pas, mais n'a pas non plus l'air spécialement austère. Dès qu'il a terminé son inspection de notre groupe, son regard se reporte sur moi, qu'il a certainement identifié comme ayant quelque chose à faire ici, et il prend enfin la parole, de sa voix profonde.
— Mon nom est Aaron. Je suis le recruteur en chef des Jardiniers. Que voulez-vous ?
Je déglutis, puis fais un pas en avant, Oscar me laissant partir à regret.
— Je viens demander que vous leviez la suspension de Babylone.
Ça sonnait mieux dans ma tête.
— Sais-tu quel est le rôle de cette suspension ?
L'ombre d'un sourire étire les lèvres d'Aaron, mais l'amusement n'atteint pas ses yeux.
— J'en ai pris connaissance, oui.
Mon interlocuteur est vieux. Très vieux. C'est le plus vieux dérivé que j'ai jamais rencontré, et il a bien plus que quelques décennies d'avance sur ses prédécesseurs au sommet de la liste.
— Quelle information qui nous échappe te permet-elle de juger qu'il n'est plus nécessaire que Babylone soit Suspendu ?
Il achève sa descente des marches, toujours aussi solennellement. Là, il a l'air sévère.
— Aucune. À ce jour, il est encore trop dangereux de libérer ses capacités. Vos Silencieux pourront le confirmer.
J'espère, en les citant, me faire pardonner de les avoir pris d'assaut.
— Explique-toi, m'ordonne Aaron, sans relever la remarque sur la confrérie interne à son ordre.
— Je sais que séparer un couple de Jardiniers vous est aussi insupportable qu'à moi, et que si vous aviez pu faire autrement, vous en auriez fait autant. J'aimerais vous aider à réparer cette infamie. Et pour ce faire, j'aurais besoin de la complète liberté d'action de Babylone.
Je marche sur des œufs.
— Poursuis.
Son ton est égal, si bien que je ne saurais dire si ce que je lui raconte le satisfait ou non.
— Je suis actuellement l'unique Magnet impartial ; il n'y en a pas eu avant moi, et il n'y en aura aucun après moi. Si la perte de contrôle totale peut subséquemment engendrer une prise de contrôle par Babylone, je suis le seul en mesure, tant par volonté que capacité, d'être témoin d'un tel événement.
Je n'aime pas parler de moi en ces termes, mais en l'occurrence, je n'ai pas trop le choix.
— De qui vient cette idée ?
Sa question n'est pas formelle. Il est véritablement intrigué par ma proposition.
— De moi.
La Messagère, qui était jusqu'ici plus ou moins cachée derrière Viky, se décale ostensiblement puis fait quelques pas en avant, de manière à se retrouver à ma hauteur, face à Aaron. Elle ne s'est pas changée avant de venir et porte toujours les vêtements du chasseur de démons qu'elle a affronté la veille, dont le rouge sombre, sous cet éclairage, jure encore plus avec la pâleur de sa peau. Mains sur les hanches, menton levé, elle fixe le Jardinier droit dans les yeux, apparemment intimidée ni par son rang, ni par son âge dépassant largement le sien, ni même par la bonne vingtaine de centimètres qu'il a sur elle. Le recruteur, après l'avoir détaillée des pieds à la tête, soutient son regard gris ambré du sien, presque abyssal, sans ciller. Le duel de regards dure près d'une minute avant que la Panthère ne se mette subitement à sourire, même si faussement, après quoi le Jardinier reprend la parole, se tournant vers moi.
— Ton initiative est la bienvenue. Néanmoins, il me faut la participation de toute ma communauté pour accéder à ta requête.
Le sous-entendu est suffisamment lourd pour que personne ne l'ait manqué.
— Que dois-je faire ? je demande.
— Que n'aurais-tu pas dû faire ?
Il a un léger haussement de sourcil, quelque part un peu méprisant.
— On ne peut pas pénaliser Babylone pour une décision que j'ai prise, sans jamais l'avoir consulté à ce sujet.
Mon argument atteint sa cible et Aaron hoche la tête, même s'il conserve un air un peu contrit.
— Tu as interféré dans nos affaires, neutralisant huit des nôtres sur ton passage. Ce type de comportement ne peut être bien accueilli.
S'il est une figure de pouvoir parmi les siens, les Silencieux sont apparemment hors de son influence.
— Trois, intervient tout à coup Hannibal, faisant à son tour un pas en avant, quoique simplement pour entrer dans le champ de vision d'Aaron, n'avançant pas jusqu'à lui.
— Plaît-il ? demande le Jardinier, perplexe quant à cette intercession.
— Trois. Lil'Hu a neutralisé trois des vôtres, pas huit. C'est moi qui me suis occupé des cinq autres. Bon, il a un peu aidé pour un, mais c'est quand même moi qui ai causé le plus de dégâts.
L'ange a un sourire, malgré lui adorable, qui achève de laisser Aaron interloqué.
— Je réitère ma question : que puis-je faire ?
Pourvu que mon parrain n'ait pas aggravé la situation.
— Des excuses ne vont pas être suffisantes. Le contrat de Babylone est très ancien. Aller à son encontre est considéré comme très grave.
Aaron semble vouloir nous aider dans notre entreprise, mais en être empêché par des obstacles logistiques.
— Le contrat ? Je n'ai pas souvenir que Babylone ait signé quoi que ce soit.
Mon ton commence à se faire plus sec à force de tourner autour du pot.
— L'accord est tacite, pour le bien de tous.
Le recruteur garde son calme olympien.
— Je fais des efforts pour me convaincre que c'est effectivement le cas. Ce faisant, je me demande néanmoins en quoi le sortir de ce donjon constitue un affront si considérable.
Ils ont largement eu le temps de punir Perry. Et de toute façon, ça n'aurait jamais pu être d'une grande efficacité, puisqu'il était hors d'atteinte.
— Notre façon de régler nos conflits internes nous appartient.
Aaron reste posé mais passe à la défensive, n'appréciant pas trop mon ton.
— Quelle genre d'espèce torture les siens ? je finis par m'emporter.
— L'humanité la première.
Ah, j'aurais dû m'y attendre à celle-là.
— Vous valez mieux que ça.
Je sais, c'est ironique de m'entendre dire ça, moi.
Aaron a un mouvement de recul à mon invective, et je me demande si je n'ai pas dépassé les bornes, quoique je fasse bien attention à ne rien laisser transparaître sur mon visage. Du coin de l'œil, j'entrevois LeX faire la moue, agréablement surprise par mon audace mais ne pouvant pas plus que moi en discerner les effets. Je crois qu'en fait, tout le monde a plus ou moins une réaction, que ce soit à la soudaine montée dans le ton ou aux propos tenus. Vik renifle discrètement, ne voulant probablement pas briser le mutisme dans lequel elle s'est plongée après nous avoir menés jusqu'ici, mais cependant tout de même choquée par ce qu'elle doit considérer comme rien de moins que de l'hypocrisie de ma part. Le bruit émis par Hannibal est peu différent de celui de la Botaniste, quoique plus proche de l'éclat de rire que de l'onomatopée de reproche. Dwight ne laisse rien échapper, pour une fois, mais je l'entends venir se placer quelques pas en retraits sur ma gauche et croiser les bras, l'air certainement à la fois tranquille et imposant. Oscar, à la hauteur du Jumper mais sur ma droite, se crispe, même si elle ne peut pas tellement saisir le poids de mes paroles. Aaron considère les divers comportements avant de se détendre enfin.
— Fort bien. Mais qu'est-ce qui me garantit que tu ne cherches pas simplement à redorer ton blason suite à ton… écart de conduite ?
Il est évident que je ne pouvais pas ne pas me heurter à ce problème-là également. Rappelons que Perry n'a été amené à s'emballer qu'à cause de ça, de toute façon. Non pas qu'il n'ait pas été en infraction avant, mais bon.
— Mon message à ce propos a été envoyé. Je n'ai rien à y ajouter. Si mes actes peuvent convaincre les plus sceptiques, tant mieux, mais même si mon entreprise ne m'apportait rien, ou qu'elle me couvrait d'ignominie, je ne l'abandonnerais pas pour autant. De plus, je n'ai jamais été en possession d'aucun blason…
Je me retiens de sourire sur la fin, pensant aux armes arborées par mes parents, ces symboles alchimiques leur servant de signature.
— J'ai croisé le chemin de tes géniteurs, un jour.
Je suppose que mon arrière-pensée n'était pas si bien dissimulée.
— Ah ?
Hannibal est le premier surpris.
— Nous ne nous sommes pas adressé la parole, mais il m'a été donné de les voir en action.
Il penche brièvement la tête sur le côté, se remémorant certainement la vive image que mes parents ont dû lui laisser, comme ils laissent à tout le monde.
— Et ?
La remarque échappe à Dwight, qui plaque alors une main devant sa bouche, baisse les yeux, et rougit violemment, quoiqu'il s'efforce de n'avoir l'air de rien.
— Je n'aurais jamais pensé qu'une telle union puisse porter ses fruits.
Le Jardinier ne prend pas ombrage de l'intervention de Dwighty, à laquelle il accorde même un sourire, bien que le Jumper ne le voie pas.
— …
Dire à une âme humaine qu'elle n'aurait jamais dû naître est purement insultant. Pour les autres, le sens de cette remarque est beaucoup plus relatif. Sachant que mon type d'âme est indéterminé, je ne vois franchement pas ce que je pourrais répondre.
— Ce n'est que rarement que je me trompe, et encore plus exceptionnellement que j'apprécie qu'on me prouve que j'ai eu tort, poursuit alors Aaron.
J'ai peur de ne pas tellement le suivre, mais j'ai comme l'impression qu'il est enfin convaincu.
— M'aiderez-vous ? je vérifie, par précaution.
— Je vais réunir l'ordre.
Pas de promesse, mais puisqu'ils n'ont pas de leader, c'est le mieux qu'on puisse espérer.
— Sauf votre respect, qu'est-ce qui vous a convaincu ?
LeX n'est jamais prompte à accorder sa confiance, surtout lorsqu'elle n'a accès à rien, comme avec Dwighty ou moi-même. Il n'est donc pas surprenant qu'elle cherche à comprendre comment Aaron fait pour prendre une décision en se basant sur des arguments pour ainsi dire infondés. J'avoue que je ne perçois pas non plus ce qui l'a fait changer d'avis, alors qu'il était de prime abord plus que réticent.
— Si son discours était malhonnête, il n'aurait pas amené le témoignage de son récent faux-pas avec lui en ces lieux. Jamais. Même par stratégie.
Le recruteur observe longuement Oscar, qui baisse le regard, intimidée. J'aurais juré qu'il n'avait pratiquement pas posé les yeux sur elle depuis son entrée.
Je ne m'attendais pas à ce qu'Oz soit un avantage dans les négociations, mais finalement c'est plutôt logique. C'est déjà elle qui a réglé le problème avec Oudamou, pourquoi ne le règlerait-elle pas, même d'une façon différente, avec d'autres ? Autant le fait que nous soyons tous les deux en vie simultanément est une preuve suffisante que tout ce qui s'est passé s'est déroulé comme il se devait, autant le fait que nous puissions carrément nous afficher ensemble démontre nécessairement que nous en sommes nous-mêmes convaincus. Tourné vers la jeune femme, j'ai un sourire, qu'elle me rend vaguement, m'observant depuis par-dessous ses cils, encore trop embarrassée par l'attention que tout le monde lui porte tout à coup pour relever la tête.
Lorsque je me retourne, et Dwight et Hannibal avec moi, Aaron a disparu. Dwighty regarde partout, mais je sais pour ma part que le Jardinier est déjà loin. Comme toujours lorsque je ne suis pas sur Terre, évaluer les distances est difficile, mais je crois pouvoir affirmer que les dimensions de l'habitat naturel des Paradisiaques dépassent largement l'entendement. Vik, solennelle, vient prendre la place qu'occupait son collègue précédemment, face à nous tous. Bien qu'elle ne se soit pas changée depuis le matin, portant toujours un gilet de sport gris sur un débardeur noir, ainsi qu'un pantacourt blanc, une capuche est apparue sur ses épaules, retombant dans un plissé trop symétrique pour être réel. Son maquillage jaune, sur ses lèvres et ses paupières, est mis en valeur par la pâleur de l'environnement, ainsi que son air grave.
— Il est parti faire ce que tu as demandé de lui. Je ne vais d'ailleurs pas tarder à moi-même rejoindre la réunion. Dwight devrait t'emmener dès maintenant, parce qu'il n'en aura pas le temps après qu'on ait fait ce qu'il faut.
Son ton est froid et officiel.
— Et pour ceux d'entre nous qui ne sont pas Lil'Hu, on peut rester là ? s'enquiert H, toujours le seul capable de désinvolture dans un lieu et un moment pareil.
— Oui. C'est le hall des visiteurs, et on en reçoit peu. Vous serez tranquilles.
Ceci explique cela.
La Botaniste amène sa capuche sur l'arrière de sa tête, plus pour la forme que pour réellement se protéger de quoi que ce soit, puis tourne les talons. Sans un mot de plus, elle s'engage dans les escaliers par lesquels est arrivé Aaron, ses ailes s'écartant à peine dans son dos, s'adaptant à la moindre petite variation dans son équilibre. Sa silhouette s'estompe rapidement à la vue, et Hannibal se laisse alors lourdement tomber dans un siège qu'il a miraculeusement repéré. La façon dont il fait légèrement jouer ses épaules me laisse penser qu'il n'est pas tout à fait remis du coup que lui a assené le Silencieux au halo blanc de ce matin. LeX l'observe, puis finit par le rejoindre, prenant place dans un fauteuil voisin, là aussi détecté par une manœuvre qui m'échappe. Oscar vient à côté de moi, mais garde les bras croisés, mal à l'aise. Elle semble se retenir de me prendre à nouveau la main, certainement parce qu'elle sait que je dois de toute manière partir. Je lui accorde un léger coup d'épaule encourageant, accompagné d'un sourire qu'elle n'arrive pas à ne pas me rendre, puis Dwight vient finalement me prendre par le bras et nous disparaissons.
Lorsque nous nous matérialisons, je découvre l'endroit où Dwighty a jugé bon de laisser Perry, et je dois bien avouer que je ne m'attendais pas à ça. Une réplique parfaite de la plage à laquelle il avait l'habitude de m'amener à nos débuts s'étend devant nous. J'utilise le mot réplique car je peux sentir que ce n'est pas l'original, et il est de toute façon évident que n'importe quel endroit sur Terre ne serait pas approprié pour ce que nous nous apprêtons à faire. Je suppose que mon Tuteur maîtrise à présent parfaitement le jump intermondial, donc. C'est toujours ça de pris. Ensuite, qu'il ait choisi un souvenir, un fantasme, ou une sauvegarde importe peu, puisque les uns comme les autres de ces cas de figures seront forcément régénérés ailleurs en cas d'endommagement. Il y a quelque chose de dérangeant dans le fait que des lieux puissent être copiés à l'infini alors qu'il n'existera jamais qu'une seule version d'une personne, mais ce n'est pas le moment de réfléchir à toutes les petites notes au bas de la notice de fonctionnement de l'Univers et son Entre-Deux. Surtout qu'un tel document ne doit même pas exister…
Perry est assis dans le sable, à plusieurs mètres de nous. Dwight pose sa main sur mon épaule, attirant une dernière fois mon regard au sien. L'anxiété se lit clairement dans ses yeux vert d'eau, et je suis bien content que mes iris brun ne soit pas aussi transparents, sinon le vague sourire rassurant que je lui offre n'aurait pas du tout d'effet. Le Jumper finit par rompre le contact, puis disparaît, seul cette fois. Il me laisse rarement ailleurs qu'à la maison, et le voir partir me fait un pincement au cœur, mais je m'efforce de ne pas y penser. Quelques pas dans la direction opposée de l'eau m'amènent à Babylone, la tête baissée entre ses genoux, comme s'il essayait de résister à la nausée. Il est toujours mal en point, et surtout il est particulièrement terrifié par ce qui va se passer. Lorsque j'arrive à sa hauteur, il relève les yeux vers moi, et je suis une nouvelle fois pris par surprise par l'intensité de son regard sombre, ayant encore oublié qu'il n'avait plus son masque d'argent.
— Tu te souviens bien de ce qu'on t'a appris avant l'arrivée de Viky ? me demande le Jardinier, luttant pour garder le contrôle de sa voix.
— Je me souviens plutôt bien d'à peu près tout ce qui m'a jamais été dit.
Il fut un temps où je l'aurais affirmé purement et simplement, mais j'ai appris à nuancer et à me remettre en doute.
— Tu vas en avoir besoin.
Il hoche la tête avant de retourner à son observation du sol.
— Quelles parties ?
— Celle que tu n'as pas aimée.
Je plisse les yeux, voyant malheureusement immédiatement de quoi il parle.
— Ne dis pas ça.
Je m'assois à côté de lui, sur sa gauche.
— Je n'ai aucune idée de ce qui peut bien se passer si je ne suis pas entravé, Josh. Aucune. Je n'ai été dans cette situation qu'une seule fois, et j'ai effrayé toute une population de dérivés à tel point qu'elle en a été réduite à me Suspendre, ce qui n'est pas aussi indolore que ce que le mot peut laisser croire. Je n'ai pas besoin de te dire que j'ai peur, et pas seulement pour ma personne.
Il a, hélas, raison.
— Vu comme ça.
Sa terreur absolue est plus que communicative, et je ne dois qu'au fait que je suis habitué à sa présence et à son aura de pouvoir conserver un visage à peu près impassible.
— Et tu ne peux pas m'interrompre.
Il déglutit difficilement. Je ne l'ai jamais vu comme ça, même avant le mariage de Zarah.
— Je peux essayer, si…
Il me coupe la parole.
— Non ! Ça rendrait notre entreprise inutile. Je dois m'arrêter par moi-même.
Il n'a pas besoin d'élever la voix pour être péremptoire. Je n'ai jamais autant ressenti le poids de ses millénaires face à ma vingtaine d'années toute mouillée.
— Vrai.
Je hoche la tête.
— Je suis sérieux. Quoi qu'il arrive, tu penses à toi d'abord. Tu ne tentes rien pour me venir en aide. Quoi qu'il m'arrive !
Quelle insistance !
— J'ai compris, je réponds faiblement, ne comprenant pas trop pourquoi je me fais autant agresser.
— Tu es venu me chercher chez des Silencieux. Je commence à me demander ce que tu ne ferais pas pour éviter à quelqu'un de souffrir.
Sauf que j'ignorais ce qu'était un Silencieux, avant d'y aller, donc en fin de compte, c'était plus de l'inconscience qu'autre chose. Cela dit, je ne pense pas que savoir à qui j'allais avoir affaire m'aurait empêché d'intervenir.
— H était avec moi, je glisse, pour détourner la conversation.
— Carrément ? Est-ce que tu pourrais m'expliquer comment il peut me voir sans masque ?
J'ai soulevé sans le faire exprès cet autre problème. Il est parfois difficile de se rappeler qui est au courant de quoi. D'un autre côté, de quoi qu'on parle, je crois qu'on arrivera toujours à trouver quelque chose qui cloche.
— Ah, c'est vrai, tu ne sais pas : mes parents l'ont renié, donc il est rattaché à moi, maintenant.
Je dis ça presque d'un ton blasé. Le temps passe trop vite…
— Ils ont QUOI ?
Perry voudrait avoir l'air choqué, mais grimace lorsqu'il tire sur un hématome jaunissant s'étendant de sa pommette à son arcade sourcilière. Tiens, je connais cette douleur.
— Ce que j'ai fait a mis en danger tous mes proches. Ils sont partis en immersion depuis moins d'un mois ; ils ont voulu se protéger.
Rationaliser les événements s'avère parfois un bon calcul. Après tout, c'est censé être l'un des traits majeurs de ma personnalité, mon incroyable capacité d'abstraction, non ? Il serait temps que ça me revienne.
— Je t'ai connu moins stoïque face à leurs écarts de conduite, s'étonne le Jardinier.
Il ne m'a connu que comme Magnet, après tout.
— J'ai vingt ans pour ruminer ce que je vais leur dire.
Et je me convaincs moi-même, mesdames et messieurs.
— Et Hannibal, comment il gère ça ? s'enquiert ensuite Perry, attentionné par nature.
— Il a tué un InFamous, puis s'est défoulé sur plusieurs Silencieux.
Je hoche la tête, pondérant mes propres propos. Si vous l'ignoriez, le pouvoir des InFamous consiste à un contrôle de l'électricité, à la fois en puissance et en finesse, d'où l'appellation d'électricien, utilisée plus tôt dans la journée par l'ange. D'ordinaire, ce type de capacité n'est pas le meilleur ami d'un dérivé électromagnétique comme H, même s'ils ont certains points communs. Que mon parrain en soit venu à bout en dit en fin de compte assez long sur son état au moment des faits.
— C'est tout ? relève pourtant Babylone, n'ayant visiblement pas suivi le même cheminement mental que moi, mais plutôt celui que j'ai pris la première fois que j'ai compris ce qui se passait, c'est-à-dire celui qui consiste à s'imaginer à la place de mon parrain et à être profondément choqué.
— Que je sache.
J'ai un vague sourire.
— Ça va faire beaucoup de déchaînements en peu de temps.
Retour à la case départ.
— C'est si rare que ça ?
Ma question n'est pas uniquement une manœuvre pour distraire le Jardinier. Peut-être que j'ai du mal à saisir le concept de déchaînement total, mais ça ne me paraît pas si extraordinaire que ça, finalement.
— C'est-à-dire que ça n'a jamais le même effet, selon l'individu affecté. Et ce n'est surtout jamais intentionnel.
Aha.
— Ça ne peut pas avoir une certaine utilité ? je poursuis, curieux sur le sujet.
— C'est la solution la plus extrême à laquelle qui que ce soit puisse avoir recourt pour se défendre. En attaque, ce n'est pas rentable, ça t'abîme autant si ce n'est plus que ton adversaire. Sans compter que c'est très dur à… invoquer, si tu vois ce que je veux dire.
Je vois plutôt bien, oui.
— Il n'y a personne dans ton cas ?
Apparemment, perdre le contrôle de temps en temps est vraisemblable, alors pourquoi personne ne se retrouverait dans la situation de ne jamais l'avoir ?
— Pas dans mon espèce, et s'il y en a dans d'autres ils ont visiblement réglé le problème, d'une façon ou d'une autre. Une absence de contrôle n'est jamais que temporaire. Ou alors c'est sur quelqu'un d'inoffensif, mais on finit tout de même toujours par recevoir de l'aide.
C'est vrai que je ne dois pas oublier que la Suspension était une forme de solution, aussi difficile à avaler cette idée me soit-elle.
— Bon. Je saisis pourquoi les Paradisiaques ne t'ont pas laissé te déchaîner dès le début, mais alors que ce que j'ai du mal à comprendre, c'est la nécessité d'un témoin.
Puisqu'à la fin, c'était ça, l'ingrédient manquant. Genre, il n'y avait pas plus nase en rayon comme excuse ?
— Je t'avoue que je ne suis pas tout à fait sûr non plus. Si je devais choisir une explication, je dirais que c'est pour m'ancrer. Si j'étais tout seul, ça n'aurait pas la même valeur, parce qu'il n'y aurait aucun référentiel. C'est difficile à expliquer.
Il fait jouer sa main gauche avant de venir y apposer son autre main, en proie à une douleur quelconque.
— Du moment que ça fonctionne, dans le fond… je pense tout haut.
— La seule chose qui peut aller de travers, c'est que tu meures.
Il guette ma réaction du coin de l'œil, et je n'arrive pas à conserver mon sourire.
— Et si ça arrive ? j'interroge.
— Je préfère ne pas y penser.
Il ferme les paupières, désolé d'être la source d'autant d'ennuis potentiels en plus de concrets.
— Je parlais pour toi. Qu'est-ce que… vous allez faire ?
Il rouvre les yeux et regarde dans le vide un instant avant de se retourner vers moi.
— Tu t'inquiètes plus du fait que je serais définitivement coincé dans mon état Suspendu que de ta mort ?
Parce que quand c'est lui qui s'inquiète plus des autres que de lui-même, c'est tout à fait normal ?
— J'ai confiance en ma capacité de survie.
Mensonge éhonté, au cas où vous vous poseriez la question, mais je ne vais pas l'inquiéter plus qu'il ne l'est déjà. Ça n'apporterait rien. Au contraire.
— Je ne t'ai pas remercié.
Allons bon.
— Pour ?
— M'avoir tiré de chez les Silencieux.
J'ai un sourire en coin. Finalement, ça a failli ne pas être une si bonne initiative que ça. Et puis Vik n'avait pas tort, il était hors d'atteinte, on aurait pu aller le chercher deux jours plus tard, il se serait remis aussi vite. Même si ça semble quand même plus correct de notre part de s'être dépêchés.
— Quand tu veux, je réponds, sincère.
— Tu transmettras à H.
Je crois que tout le plaisir était pour l'ange.
— Si tu ne le recroises pas avant moi, je rétorque à Perry, volontairement optimiste.
Le Jardinier détourne les yeux, allant les poser sur l'horizon figé de cet endroit cristallisé à un moment précis au cours de son existence, à jamais préservé dans cet exact état, pas une seconde plus tôt, pas une seconde plus tard, et probablement d'ailleurs répliqué ailleurs, comme je l'ai pensé plus tôt, depuis l'arrivée de Perry, intrusion ayant perturbé le parfait équilibre des lieux. L'Entre-Deux, c'est un peu comme une salle sur demande infinie. Distraitement, je dessine des figures au hasard dans le sable, respectant le silence de Babylone, et surtout à court d'idées pour le distraire de ce qui l'attend. Quelle que soit la décision de ses confrères et consœurs, il va se passer quelque chose d'assez terrible en ce qui le concerne, et il y a seulement un nombre de choses finies qui peuvent empêcher quelqu'un de penser à ce genre de futur proche.
— Combien de temps peut prendre un rassemblement de Paradisiaques ? je finis pas demander, n'y tenant plus.
— Tu parles du temps qu'ils mettent à tous se réunir ou bien du temps qu'ils peuvent mettre à discuter d'un truc ?
Je n'avais pas tellement songé à la première proposition.
— Les deux.
— Une heure, il lâche après un court instant de réflexion.
— Chaque ? je suggère, incertain.
— Non.
Un nouveau silence tombe. En y réfléchissant, les Jardiniers et les Botanistes sont des téléporteurs, pas aussi rapides que des Jumpers, mais des téléporteurs tout de même. Et pour ce qui est de la conversation, ce sont des espèces pratiquement télépathes, ils ne doivent pas avoir de mal à se comprendre très rapidement. Mais une heure, quand même, ça paraît court pour décider de l'entière existence d'un individu, et même en fait deux. J'aurais aimé pouvoir faire plus, pouvoir faire pencher la balance un peu plus en la faveur de June et Perry. Je ne peux pas regretter tout ce qui s'est passé avec Oscar, mais j'aurais voulu pouvoir faire en sorte que personne n'en tienne compte dans cette affaire-ci, même si je n'en ai pas honte. Peut-être que les Paradisiaques sauront voir que Perry et June ne méritent pas une éternité de misère juste à cause d'une chose que moi j'ai faite, aussi atroce puisse-t-elle leur paraître. Très bien, d'accord, maintenant c'est moi qui ai peur.
J'aurais aimé pouvoir surveiller ce qu'il en est des négociations, à ma façon à moi, mais j'ai été déplacé trop de fois dans des endroits sans localisation déterminée pour pouvoir m'orienter précisément. Bien sûr, Dwight, je sais parfaitement où il est, mais c'est bien mon seul point de repère. Autour de lui je distingue Hannibal, et aussi Oscar, quoique son signal à elle se fasse de plus en plus ténu. Après, le monde des Paradisiaques est trop vaste pour que je sache où chercher. On penserait qu'un rassemblement pareil ne pourrait pas se manquer, mais il faut croire que si. Incongrûment, je me demande s'il n'y aurait pas un Magnet qui aurait un Paradisiaque comme Tuteur. En théorie, c'est parfaitement possible. Il y a cependant de forte chance que, si c'était le cas, cette personne se serait manifestée. Je me demande quel aurait été son avis sur la question qui se discute aujourd'hui. Il faudra vraiment que je rencontre d'autre Magnets que mes parents, un jour, pour me faire une idée de ce qu'est vraiment mon espèce, dans la pratique.
Un violent frisson qui me parcourt des pieds à la tête me tire de mes pensées. Qu'est-ce que c'était que ça ? Il me suffit de regarder sur ma droite pour avoir ma réponse, qui ne devrait de toute façon pas me surprendre. Je crois que je ne m'attendais tout simplement pas à ce que la libération de Perry prenne cette forme. Et j'aurais aussi et surtout pensé qu'il s'en rendrait au moins autant compte que moi, ce qui n'est visiblement pas le cas, puisque rien ne change dans son comportement. Sous mes yeux ébahis, son aura est comme "déballée", petit à petit, ruban par ruban, un peu comme une momie serait délicatement débarrassée de ses précieuses bandelettes. Je peux presque distinguer l'action individuelle de chaque Paradisiaque relâchant son emprise sur Babylone. Au début, le phénomène est très lent, progressif, comme hésitant, puis peu à peu de plus en plus s'y mettent, jusqu'à ce que j'entrevoie ce qui se cachait finalement sous cette épaisse couche protectrice, dont je n'avais jamais ne serait-ce que soupçonné la présence. J'ai toujours cru que sa punition était quelque chose de ponctuel, de déclenché, qui s'abattait sur lui lorsque nécessaire, mais apparemment elle a toujours en partie été là, sous-jacente, collée à lui.
Je sais bien que tenter de décrire mon sens Magnétique à l'aide des autres est généralement peu concluant, notamment parce que ça varie d'un dérivé à l'autre, et aussi selon mon bon vouloir, mais je pense qu'il est clair qu'en ce qui me concerne, une double-vue remplit souvent une bonne partie de cette perception. En revanche, si d'ordinaire visualiser un genre de flamme par-dessus les gens ne gêne, bizarrement, pas le moins du monde ma vision ordinaire, là, je suis obligé de détourner le regard car la véritable lueur de Perry, que je croyais d'un rouge profond, est apparemment plutôt rouge vif, et le peu qui en filtre entre les restes de son empaquetage est vraiment éblouissant. Je m'efforce de ne pas faire remarquer mon aveuglement à mon voisin, pour ne pas le déclencher trop tôt ; tant qu'à faire, on va faire en sorte que toute cette manœuvre se passe le plus vite possible. La tête tournée vers l'océan, l'air de rien, ce qui me perturbe finalement le plus c'est qu'une aussi puissante lumière soit émise à moins d'un mètre de moi et qu'elle ne se reflète pas dans les flots.
Évidemment, l'inconscience de Perry de son état ne dure pas éternellement. Elle dure longtemps, certes, mais quand même pas à ce point. Sa délivrance doit être un peu plus d'à moitié entamée lorsqu'il semble enfin remarquer quelque chose. J'entends le Jardinier hoqueter de surprise, et devine du coin de l'œil qu'il fronce les sourcils. À dire vrai, atténuer ma seconde vue n'est normalement pas un problème, comme je l'ai plus ou moins dit, mais en l'occurrence l'information rayonnée par Babylone est trop importante pour pouvoir être ignorée, d'où mon inévitable éblouissement. Le Jardinier ne se tourne pas immédiatement vers moi, probablement en proie à toute une gamme de sensations inconnues ou en tous cas depuis longtemps oubliées. Je ne dis pour ma part pas un mot, le laissant apprécier pleinement l'instant. Et puis surtout, qu'est-ce que je pourrais bien lui dire dans un moment pareil ?
Perry tend ses mains devant lui, d'abord paumes vers le haut puis les retournant, à plusieurs reprises, les regardant comme s'il les voyait pour la première fois. Il ne manifeste encore rien de flagrant, mais ce n'est certainement qu'une question de temps. D'un bond, le Jardinier est debout, et je comprends que ce qu'il regarde en fait avec tant d'intensité est la guérison de ses blessures. Une longue brûlure qui sinuait le long de son avant-bras jusqu'à son coude s'évapore purement et simplement, et d'autres égratignures ailleurs s'effacent en un clin d'œil. Ce type de guérison n'est pas habituel, la plupart des dérivés requérant normalement un simulacre de cicatrisation cellulaire tout de même. Me surplombant de toute sa hauteur, moi qui suis toujours assis sur le sable, Perry finit tout de même par me dévisager, resplendissant avec son aura qui respire pour la première fois depuis qui sait combien de temps. Un genre d'éclat de rire incrédule lui échappe alors qu'il semble me regarder sans me voir, ses yeux posés sur l'immensité du vide à travers moi. Bon, ben, je crois que c'est parti.
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