Septième Jour - Par intraveineuse (5/7)
Les heures défilent relativement vite alors que Dwight me conte avec animation des aventures qu'il a traversées avec Josh, ainsi que certaines de ses propres histoires de chasses avant de le rencontrer, et même des récits qui ne lui appartiennent pas exactement. Le premier livre était un album photo, le second un livre d'Histoire, le troisième un bestiaire, et ça continue encore, mais j'aurais peur de me tromper dans l'ordre. Le Jumper – puisqu'il m'explique à un moment donné ce dont il est capable, à grand renfort de fierté mais sans démonstration concrète – me montre ses plus belles cicatrices qui sont tout de même présentables, et je finis par lui en montrer quelques-unes des miennes ; on s'arrange en général tous les deux pour rester évasifs sur les circonstances exactes de leur obtention, mais on rigole bien quand même. Il partage aussi avec moi toutes les façons dont il est capable de s'occuper, seul dans cet appartement, même sans Luther, et je m'incline devant sa créativité. À vrai dire, sa façon de s'exprimer et de gesticuler me rappelle pas mal de monde avec qui je traînais il y a quelques années seulement. Avec lui, les choses ont presque l'air normales à nouveau. Il réussit presque à réconcilier la réalité à tout ce qui m'est arrivé depuis le MIT. Presque.
C'est au beau milieu d'une conversation sur les nuages – je sais, c'est profond –, alors qu'on est tous les deux en train de tester l'une des positions soi-disant favorites d'Hannibal sur le canapé, tête en bas et pieds en l'air, qu'on se rend compte que Vik s'est jointe à nous. Appuyée à l'encadrement de la porte, mains dans les poches, tête penchée, la petite brune peut très bien s'être trouvée là depuis un bon moment. En effet, avant qu'on ne prenne cette posture complètement ridicule, Dwight a insisté pour que je lui montre comment j'avais fait pour déboîter l'épaule de son meilleur ami, et si je savais faire d'autres trucs du genre. J'ai évidemment accepté le défi avec plaisir, mais ça nous a plus ou moins réduits à nous rouler par terre dans le peu d'espace disponible entre le canapé et les étagères, même si on a osé déplacer le mobilier.
— Ça va, on s'ennuie pas ?
Je ne saurais pas dire si elle adresse ça à lui ou à moi. On se redresse simultanément, moi me retrouvant assise sur le canapé, lui debout derrière.
— On s'occupe, plaide Dwight.
— Un problème ? je demande.
— C'est mon tour.
Et ça recommence…
— Ton tour d'quoi ? demande Dwight, moins habitué que moi à la situation.
— Devine.
Vik se détache du mur sans le quitter des yeux.
— Vous avez un tableau de roulement ou… ?
Je me suis faite à l'idée d'être sous constante garde, mais j'ai passé l'âge que ce soit une corvée pour mon geôlier.
— Non, c'est la hiérarchie qui prime.
Elle hausse les épaules, très sérieuse.
— Je croyais qu'il n'y avait qu'Hannibal qui pouvait supporter de rester coincé avec moi, je souligne alors, farouche.
— Ça n'a pas l'air d'embêter Dwighty, renvoie Vik, croisant les bras.
Serait-elle simplement jalouse, finalement ?
— J'tais pas censé êt'e là, à la base… se défend l'autre, confirmant les dires de la brunette malgré lui.
— Peu importe, bouge, je vais faire ma part du travail ou je ne sais pas trop quoi.
— T'sûre ? l'interroge une dernière fois le Jumper.
— Tu veux que je me répète ?
Il se tourne vers moi, et mon haussement d'épaule le convainc de ne pas prendre le risque d'insister pour rester.
Soupirant à demi, Dwight attrape Luther et sort de la pièce pour aller dans la chambre, en direction du placard, sûrement pour jumper hors de ma vue. Sur son passage, il ne manque pas de passer le plus près possible de Viky, manquant tout juste de la bousculer. La situation entre ses deux-là est abracadabrante. Autant que je peux en juger, il est évident qu'ils se plaisent, parce qu'il est toujours au garde à vous quand elle apparaît, et qu'elle n'arrête pas de le regarder dès qu'il ne la regarde pas, sans compter leurs joutes orales caractéristiques. D'un autre côté, elle lui en veut pour un millier de raisons, certaines à peu près valables, d'autres qui échappent à mon entendement, et lui n'arrive pas à se sortir de la tête la liste de ses méfaits. En tous cas, c'est ce que j'ai compris du peu qu'il a laissé entendre lorsqu'il l'a évoquée dans ses récits. Après, je le soupçonne d'avoir un peu romancé par moments, et un peu omis par d'autres, alors établir un bilan n'est pas si facile qu'on pourrait le croire. Et je doute que, même si elle me parlait de lui pendant toute la durée qu'on s'apprête à passer ensemble, elle n'éclaircisse quoi que ce soit.
— Tu n'es pas censée vouloir ma mort ?
Dwight m'a plus ou moins fait le point sur la position de tout le monde à propos de moi, et Vik est bien la dernière à approuver.
— Qui a dit que ce n'était pas le cas ?
Elle se met à sourire.
— Tu viens de prendre le poste qui consiste à me protéger, je crois.
Ce qui me fait penser que "garde du corps" aurait certes été gênant mais tout de même moins insultant que "baby-sitter".
— Officiellement, je viens juste te tenir compagnie.
Elle s'avance et s'assoit dans le fauteuil le plus proche de la porte, comme plus tôt dans la journée, jambes ramenées sous elle.
— J'étais en très bonne compagnie, merci.
Oui, je peux être basse.
— Génial, je vois que le manque d'appréciation est réciproque.
Je ne sais pas si elle dit ça parce qu'elle a repéré ce que j'essayais de faire ou en toute franchise. Sans doute les deux.
— Tu crois ?
Je croise les jambes, hostile.
— Peu importe. Sentiments de côté, je viens te proposer un deal.
Je ne m'attendais pas à ça.
— Quel genre de deal ?
Un genre de pacte avec le Diable, peut-être ? Ou plutôt non, parce que mademoiselle est dans le camp des Gentils, à ce qu'on me dit.
— C'est pour t'aider. Je ne dis d'ailleurs deal que pour me donner bonne conscience, c'est plutôt une offre qui ne va que dans ton sens et que je n'ai rien à perdre à faire.
Elle semble sincère.
— Une offre ? je l'incite à poursuivre.
— Je peux t'aider.
Tu l'as déjà dit !
— Je suis déjà en train d'être aidée, je lui fais remarquer, pensant à mon danger de mort imminent si je quitte cet appartement.
— Je peux t'aider en ce qui concerne Josh, elle précise en baissant la voix sur la fin, mimant la confidence.
Ah, ça.
— Tu as vraiment écouté à la porte, je relève.
Après, je suis mal placée pour juger.
— Oui. Alors, ça t'intéresse ?
Consciente de l'effet que le discours de LeX a eu sur moi, je ne peux pas dire non.
— J'en sais encore rien, je choisis de répondre, restant vague.
— Je peux te donner la possibilité de rester en contact avec lui.
Quel autre problème j'ai avec lui, d'un autre côté ?
— Je croyais que c'était une impossibilité, justement, je souligne.
— Pas si tu deviens une dérivée.
On va de surprise en surprise. Malheureusement, je suis encore peu à l'aise avec tous ces termes. Je sais ce qu'ils signifient, mais il ne faut pas me demander d'entrer dans les détails. Dwight a dû faire un effort pour rester à ma portée, tout à l'heure.
— C'est possible ? je demande, transparente quant à mon ignorance dans le domaine.
— Un bon tiers des dérivés sont nés humains, et près d'un quart de ceux-là ne sont pas morts pour en devenir.
Er…
— Tu m'as perdue.
Il me semble bien qu'elle a évoqué le sujet que Dwight m'a dit de garder pour un autre jour, et instinctivement, je lui fais confiance là-dessus.
— Oui, c'est possible, et sans danger de mort, reprend Vik, se retenant visiblement de lever les yeux au ciel comme si elle parlait à une attardée.
— Et pourquoi LeX ne m'a pas parlé de ça ? je lui lance, défiante.
— Parce qu'elle déteste l'espèce humaine. Faire cette proposition, pour elle, c'est impensable. Sans compter qu'il y a toujours le risque que tu choisisses la dérivation pour ce que c'est, et non pas dans la seule optique de rester en contact avec notre ami Jo'.
La fin de sa phrase la fait pouffer, sans que je ne repère la référence.
— Qu'est-ce qui peut bien faire croire à qui que ce soit que je ferais une chose pareille ?
Il me semble que j'attire déjà pas mal de problèmes en étant tout à fait normale, sans rien demander à personne, alors je n'ai pas tellement envie de changer ma chance pour le pire.
— Pourquoi qui que ce soit ne ferait-il pas une chose pareille ? Le Second Univers n'est pas rempli que de cauchemars. Loin s'en faut.
Je ne peux pas m'empêcher de penser que tous ces fantasmes sont essentiellement masculins, mais…
— Okay, je vois ce que tu veux dire. Mais si tu es tellement consciente de ce risque, pourquoi le prendre ? je la questionne, en toute logique.
En même temps, j'ai du mal à comprendre d'où sort cette soudaine envie de m'aider, et continue à chercher ce qu'elle pourrait en tirer.
— Déjà, je ne vais rien faire avant que ce soit strictement nécessaire. Si dans trois jours, presque deux maintenant, tu n'as décidément toujours pas le cœur de laisser Josh dans ton passé, alors seulement on parlera business. Ensuite, le moment venu, tu verras que je suis quelqu'un à qui il est extrêmement difficile de mentir.
Ça se tient.
— C'est tout ?
Ça me paraît quand même un peu léger, venant de quelqu'un comme Vik.
— Non, je garde le meilleur pour la fin : si je peux te promettre que ça ne comprendra aucune altération physique permanente majeure, je ne vais pas te dire ce que je suis en position de te donner. En clair, je peux aussi bien faire de toi une vicieuse louve-garou qu'une gentille fée, je peux aussi bien te maudire que te bénir. Ça, c'est mon ultime assurance que tu ne vas pas faire le choix des imbéciles.
Cette partie de son stratagème sonne plus comme une menace qu'autre chose.
— C'est… bien pensé.
J'allais dire tordu mais me suis retenue.
— Merci.
Le sourire fier qu'elle affiche prouve qu'elle y a effectivement passé un certain temps. À bien y réfléchir, elle a certainement pondéré cette idée depuis le moment où elle m'a laissée seule avec Dwight. Et je n'arrive toujours pas à déterminer ce qui a pu l'amener à cette réflexion…
— Et maintenant ?
Je ramène un de mes genoux à moi, brisant ma position sérieuse.
— Et maintenant quoi ?
Elle fronce les sourcils, sans comprendre.
— C'est tout ce dont tu voulais me parler ? je m'enquiers.
— Il me semble bien, oui.
Elle hoche la tête, ne voyant pas où je veux en venir.
— Donc, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
Moi, en fait, j'aurais bien envie qu'elle me laisse, parce qu'elle doit être la pire compagnie que j'ai eu de la journée.
— Maintenant, tu commences à réfléchir, je suppose.
Ah.
— Tu attends une réponse dans la minute ?
Auquel cas il faudrait tout reprendre depuis le début, parce que j'ai dû mal comprendre.
— Non, je t'ai dit qu'on en reparlera quand ton humanité refera surface.
Donc, si, j'ai bien compris. C'est déjà ça.
— Alors pourquoi tu veux que je commence déjà à réfléchir ? je lui demande, un peu consternée mais dans le fond presque amusée, m'attendant déjà à une réponse défiant toute logique qui pourrait m'être connue.
— Parce que tu peux prendre des décisions capitales en un claquement de doigts, toi ?
Certes, si on voit les choses comme ça…
— Non, mais si tu me connaissais, tu saurais que plus je réfléchis à quelque chose, moins j'ai les idées claires dessus.
C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles je n'étais qu'une élève à peine moyenne à l'école. Pour le coup, Vik ne pouvait pas deviner ça. Je me mets à sourire pour moi-même.
— Étrange… s'intrigue la petite brunette, son froncement de sourcils se faisant plus prononcé qu'auparavant.
— C'est juste pas moi qui mets les plans au point, je me défends par réflexe.
— Les plans ?
De toute évidence, c'est sorti trop vite.
— Façon de parler, je l'apaise avant qu'elle ne parte dans une théorie paranoïaque comme Hannibal a failli le faire ce matin.
— Bien sûr…
Ma défense ne la convainc pas.
Suite à cette réplique pensive, je ne sais plus quoi dire. Si elle a des problèmes de confiance, il n'y a rien que je puisse y faire. Après, elle peut penser ce qu'elle veut, ça m'est plus ou moins égal. Il fut un temps où quiconque que je surprenais à me regarder de travers subissait le traitement que j'ai réservé à Josh en me réveillant ce matin. Ça m'arrive encore, à certaines périodes du mois. Disons qu'aujourd'hui, ma placidité est exacerbée. Et puis bon, Vik est l'une des seules personnes ici que j'ai vu faire preuve de violence, et je dispose d'un instinct de survie assez développé ; je sais quand il faut se battre pour prouver son innocence coûte que coûte, et quand il vaut mieux se taire pour éviter d'envenimer les choses. Quand j'y pense, je suis dotée d'une panoplie de compétences parfois incongrues.
— Ça me dit toujours pas ce qu'on fait maintenant, je finis par reprendre, lassée du silence, toujours derrière la tête de faire repartir Vik d'où elle est venue.
— Doit-on vraiment faire quelque chose ? rétorque l'indésirable, visiblement agacée.
— Je suis enfermée dans cet appartement depuis près d'une journée…
Je ne vais pas dire que j'ai été maltraitée, et je comprends la menace qui pèse sur moi au dehors, mais ça n'empêche que je suis coincée dans un endroit qui ne m'est pas familier.
— Tu n'as rien demandé à Hannibal, fait alors remarquer Vik, sans lien apparent avec ce que je viens de dire.
— Huh ?
Mon incompréhension est compréhensible, non ?
— Tu n'as effectivement pas quitté cet appartement depuis hier soir, et pourtant Hannibal n'a eu à t'excuser nulle part.
Ah, si, il y avait un lien avec ce qui précédait, en fait.
— Je suis pas indispensable, j'explique tranquillement.
— Et personne ne s'inquiète ? poursuit Vik.
— Normalement, non.
Loin de là.
— Tu caches quelque chose, déclare alors la brunette, sûre d'elle.
— Pardon ? je m'étonne tout haut, ne pouvant retenir un éclat de rire incrédule.
— Je ne sais pas quoi, mais il y a quelque chose que tu ne dis pas, reprend-t-elle, toujours aussi assurée.
— À propos de quoi ?
Ma tentative d'esquive de la théorie paranoïaque n'a pas fonctionné, apparemment.
— De toi, dit simplement l'autre.
Okay, ça suffit.
— Premièrement, je ne vous dois rien. Si je veux garder ma vie privée privée, aucun d'entre vous n'a rien à y redire. Et deuxièmement, mon plus grand secret c'est ce que VOUS m'avez mis dans la tête, je m'emporte un peu.
— Susceptible, note Vik.
— N'essaye même pas, je la dissuade de continuer.
Qu'elle pense ce qu'elle veut, certes, mais qu'elle le garde pour elle.
— T'es gentille, Oscar, mais tu t'oublies.
Elle commence à me taper sur les nerfs.
— C'est ça…
Je lui lance un sourire amer. Grave erreur que mon fameux instinct de survie n'est pas assez rapide pour éviter.
— Tu n'as pas l'air de bien comprendre. Je suis sur cette Terre depuis plus longtemps que tu ne pourras l'imaginer avant… eh bien, longtemps. J'ai ôté la vie à plus de monde que tu n'auras de bougies sur ton prochain gâteau d'anniversaire. Multiplié par quelques centaines. Lorsque j'arrive quelque part, des colombes m'accompagnent. Je peux prendre en combat singulier Dwight, Perry, et probablement Hannibal. En fait, dans un bon jour, je peux même les prendre en groupe. Dans un bon jour, je pourrais prendre LeX… La seule chose qui me retient de te tuer depuis que Lil'Hu a pris la stupide décision contre-nature de te sauver la vie, c'est mon code moral. Je me fiche que Josh jure sur tout ce qu'il peut avoir de sacré qu'il a fait le bon choix, je me fiche des excuses qu'il peut bien se trouver, je me fiche des circonstances de ton sauvetage, et je me fiche même du fait que tu n'aies rien demandé. Tout ce que je sais, c'est que tu devais mourir, que ça n'est pas arrivé, et que quelqu'un qui aurait dû naître est mort à ta place. J'ai traqué des âmes dans les confins du globe pour beaucoup moins que ça, crois-moi. Mais il s'avère que je ne suis pas affectée à ta chasse, et que ma meilleure amie a décidé de donner le bénéfice du doute à tous les concernés par cette affaire. Et l'amitié et ma hiérarchie sont deux choses que je respecte, ce qui explique que tu ne sois pas morte de ma main jusque-là. Pour tout te dire, initialement, j'avais prévu de ne même pas t'adresser la parole. Ne laisse pas le fait que j'ai changé d'avis, et ai, pour des raisons qui n'ont d'ailleurs aucun lien direct avec ta personne, décidé de t'offrir le deal du siècle, te faire penser qu'on est copines ou que tu peux me parler avec rien de moins que de la révérence.
Elle n'a pas vraiment haussé le ton, mais il me semble que je suis plus profondément enfoncée dans mon siège maintenant que je ne l'étais avant qu'elle ne commence son discours.
— D'accord, est la seule chose que je trouve à répondre, et d'une toute petite voix étranglée.
Autant dire que mon instinct sera certainement plus vigilant après ça.
— J'espère bien.
Au moins, elle a l'air de se sentir beaucoup mieux, maintenant qu'elle a eu l'occasion de me sortir ce qu'elle avait sur le cœur. Je crois qu'elle n'attendait même que ça…
Alors que j'ai de nouveau perdu la parole quoique pour des raisons différentes, quelqu'un frappe à la porte d'entrée. Vik et moi tournons toutes les deux inutilement la tête vers la porte du salon, d'où on ne peut en fait pas voir la porte d'entrée. Si j'affiche toujours ce masque interdit que j'ai dû commencer à arborer aux alentours du moment où elle a parlé de mes bougies d'anniversaire, son sourire à elle s'élargit. En un flash elle est debout, hors de son fauteuil. En un autre, elle se retrouve sur le seuil du salon, les pieds toujours dans la pièce, les mains sur l'encadrement de la porte, et la tête dans le couloir. Elle jette un œil à la porte d'entrée, sourit de plus belle, puis se retourne vers moi.
— C'est mon signal. Je ne me sens pas de supporter deux fugitifs à la fois ce soir… Bouge pas, j'ouvre la porte en sortant.
Et avec ça, elle disparaît.
J'aimerais bien qu'elle arrête de partir sans me laisser l'occasion de lui répondre. Non pas que j'aurais su quoi dire sur ce coup, mais tout de même. Et puis d'abord, qu'est-ce qu'elle entend par fugitif ? Si je crois comprendre que JE suis une fugitive, dans son esprit dérangé, qui d'autre ici en est à part moi ? J'entends la porte d'entrée s'ouvrir, puis se refermer après que quelques mots aient été échangés dans une langue qui n'est pas de l'anglais. Tout ce que je peux déterminer, c'est que mon nouveau gardien va être un homme, mais avec la barrière de la langue et la distance, je ne peux pas reconnaître la voix. Tout ce que je peux faire, c'est me donner une contenance et attendre. Je vais finir par n'être bonne qu'à ça. Je ramène ma deuxième jambe à moi et entoure mes genoux de mes bras, prenant une confortable et sécurisante position fœtale.
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